• Mon cheval saigne du nez : est-ce grave ?

Une hémorragie nasale (ou épistaxis) peut être très impressionnante chez le cheval. Cependant, selon la cause, cela peut s’avérer bénin comme gravissime. Malheureusement, le diagnostic n’est pas toujours simple à poser et nécessite souvent des examens complémentaires par le vétérinaire. La quantité de sang perdue sera un indice déterminant pour identifier la cause, cependant elle n’est pas toujours directement liée à la gravité.

Causes du saignement du nez chez le cheval

Pour bien comprendre les causes du saignement de nez, il faut visualiser l’anatomie des voies respiratoires, afin de chercher d’où vient le sang.

Dans l’ordre de l’extérieur vers le poumon, on trouve :

Credit photo : http://galopage.free.fr/

  • Le naseau, recouvert de la muqueuse nasale,

  • Les cornets naseaux et l’ethmoïde, qui forment des volutes, dont le rôle est de freiner les particules et corps étrangers et de réchauffer l’air inspiré.

  • Le pharynx et les poches gutturales. Celles-ci sont des cavités, formant comme de petits sacs, communiquant avec le pharynx juste en avant du larynx.

  • La trachée,

  • Les bronches,

  • Les alvéoles pulmonaires.

Pour identifier la cause, il faut trouver la source du saignement.

Cela ne se voit pas de l’extérieur, même avec un examen vétérinaire.

Le meilleur moyen d’explorer cette partie de l’anatomie du cheval est la fibroscopie.

C’est une petite caméra au bout d’un tuyau dirigeable qui permet d’aller visualiser l’ensemble des voies respiratoires du cheval jusqu’au bas de la trachée.

Une radiographie peut également aider au diagnostic mais elle sera rarement suffisante.

Parmi les sources principales de saignement, on trouve :

  • Une irritation de la muqueuse nasale

Elle provoque généralement un saignement très léger, en goutte à goutte d’un seul côté du nez du cheval. Elle est favorisée par l’effort, un temps chaud et sec, un environnement poussiéreux.

  • Un traumatisme de l’ethmoïde

L’ethmoïde est une structure très vascularisée, au moindre choc il peut se mettre à saigner abondamment.

La plupart du temps, il est bien protégé à l’intérieur du chanfrein du cheval mais un corps étranger rentré par les voies nasales peut le faire saigner. Le cas le plus fréquent est lors du sondage naso-oesophagien réalisé par le vétérinaire, en cas de coliques ou de bouchon oesophagien (liens vers fiches maladies).

Le saignement est alors très abondant, généralement par un seul naseau.

Le cheval peut perdre un à deux litres de sang et c’est impressionnant mais sans gravité.

  • Un hématome progressif de l’ethmoïde

Il s’agit d’une masse qui se développe au niveau de l’ethmoïde ou des sinus paranasaux. Elle correspond plus à une tumeur bénine qu’à un réel hématome.

En effet, cette masse a tendance à grossir et progresser mais n’entraîne pas de métastases. Elle provoque un saignement intermittent, modéré, unilatéral, non lié à l’exercice. Le sang peut être mélangé à un écoulement séreux ou muqueux ou avoir un aspect noirâtre. Cela peut être associé à une toux, à des bruits respiratoires, à une baisse de performance ou à un encensement (head-shaking).

En savoir plus sur le headshaking chez le cheval

  • Une mycose des poches gutturales

Ces cavités sont une spécificité des équidés.

Elles auraient un rôle dans le refroidissement du sang qui arrive au cerveau mais elles sont surtout sujettes à plusieurs pathologies, dont la mycose (développement d’un champignon). Le problème, c’est que ces poches n’ont qu’une petite ouverture, ce qui fait que le champignon s’y développe sans signe extérieur et est difficile à éliminer. De plus, des structures vitales et fragiles comme les artères carotides internes et le nerf vague y sont très accessibles et vulnérables.

Lorsque la mycose se développe, le champignon s’attaque, entre autre, à la paroi de l’artère carotide et peut aller jusqu’à la percer.

saignement nez cheval

Credit photo : Dr Laureline Lecoq, ACVIM

Le saignement est alors brutal, intense, en jet, très rouge.

Il s’arrête généralement de lui même la première fois par la formation d’un caillot, mais le champignon continue ses dégâts.

La deuxième hémorragie peut être fatale, la troisième l’est presque toujours.

Il est donc primordial de prendre en charge le cheval dès le premier saignement.

  • Une hémorragie pulmonaire induite à l’effort

Lors d’un effort intense, les alvéoles pulmonaires sont soumises à rude épreuve.

Les capillaires, minuscules vaisseaux, qui les tapissent peuvent se rompre sous la pression. Cela entraine un épanchement de sang dans les poumons. Cependant, le sang reste généralement à l’intérieur avant d’être éliminé par les cellules. Il n’y a donc pas toujours de saignement nasal visible. Quand c’est le cas, il est généralement bilatéral et modéré (goutte à goutte ou filet). Les autres symptômes sont une baisse de performances ou une intolérance à l’effort.

  • Un corps étranger quelle que soit sa localisation

Un corps étranger, souvent une petite branche ou une ronce, peut pénétrer assez profondément dans les voies respiratoires pour ne pas être visible. Il provoque saignement, inflammation et gêne, plus ou moins importants selon sa localisation et sa taille.

Comment réagir face à un saignement de nez chez le cheval ?

Evaluer le saignement du cheval

La première chose à faire est de ne pas paniquer et d’évaluer l’intensité du saignement. C’est la première question que le vétérinaire vous posera.

Il faut distinguer une trace de sang dans le naseau, d’un saignement en goutte à goutte, d’un filet continu ou d’un saignement en jet.

Essayez d’évaluer la quantité de sang perdu, elle paraît souvent plus importante qu’elle n’est réellement.

Y a-t-il des traces de sang sur le cheval, sur ses membres, dans le box ? Des flaques avec des caillots ?

Un cheval peut perdre un ou deux litres de sang sans que cela soit significatif pour lui. Par contre, la quantification est un indice précieux pour le vétérinaire.

Il faut ensuite prendre le temps de regarder si le sang coule des deux naseaux ou d’un seul.

Appeler le vétérinaire

La plupart du temps, le vétérinaire va vous rassurer. Très peu de saignements de nez sont de réelles urgences.

La seule justifiant une prise en charge immédiate est la suspicion de mycose des poches gutturales.

Cependant, même pris en urgence, la plupart du temps, le saignement s’arrêtera de lui-même avant que le vétérinaire n’intervienne. La rapidité de la prise en charge est surtout déterminante pour confirmer le diagnostic et éviter les récidives.

Suite à un ou plusieurs saignements, la fibroscopie est recommandée.

Cet examen peut se pratiquer sur le terrain mais il est plus facile à réaliser en clinique car tous les appareils ne sont pas portatifs.

Elle permettra presque toujours d’identifier la cause du saignement ou du moins d’écarter les plus graves.

endoscopie cheval

Credit photo : Dr Laureline Lecoq, ACVIM

Un  cas est un peu plus délicat à diagnostiquer, c’est l’hémorragie pulmonaire induite à l’effort. En effet, le saignement du cheval peut être vraiment modéré et cloisonné au fond des bronchioles, il n’est donc pas forcément visible à la fibroscopie qui s’arrête à la bifurcation des premières bronches. Cependant, une analyse de liquide broncho-alvéolaire permet d’identifier certaines cellules typiques et de confirmer le diagnostic.

Le traitement varie ensuite selon la cause du saignement. Lors d’une simple inflammation, un traitement médical est généralement suffisant.

Lors d’hématome de l’ethmoïde ou de mycose, il existe soit des traitements locaux, soit des interventions chirurgicales. La meilleure personne pour vous conseiller est votre vétérinaire, il saura vous indiquer les avantages et inconvénients de chaque méthode. Le prix sera souvent un facteur déterminant également.

Lors d’hémorragie pulmonaire induite à l’exercice, il n’y a hélas pas vraiment de traitement curatif. Le repos et la gestion de l’entrainement sont les principaux axes de soins.

Gérer l’après

Pour la plupart des pathologies responsables d’un saignement de nez, à l’exception de la mycose des poches gutturales, la gestion du cheval, de son travail et de son environnement, auront un impact sur les risques de récidive.

En effet, tous les saignements d’origine inflammatoire (irritation de la muqueuse nasale, hémorragie induite à l’effort…) seront favorisés par un environnement poussiéreux, par un exercice violent, par la chaleur.

Lors d’hémorragie pulmonaire, la gestion de l’environnement par le propriétaire, un peu de la même manière qu’un cheval atteint d’emphysème, est donc déterminante. On cherchera à diminuer les poussières au maximum, à limiter l’enfermement du cheval en milieu confiné. Le travail devra être adapté et progressif. Un cheval de cross devra peut être se contenter de CSO ou de dressage pur, tandis qu’un cheval de course devra souvent être réformé.

Des compléments alimentaires à base de plantes apaisantes ou des nébulisations peuvent permettre de limiter les risques de récidive. Dans les cas modérés, le cheval peut retrouver son niveau de performance, après une période de repos, des soins et une gestion adaptée.

Malgré son côté impressionnant, l’hémorragie nasale est rarement une urgence chez le cheval. Cependant, en cas d’hémorragie violente, il peut s’agir d’une mycose des poches gutturales, pathologie rare mais parfois fatale. Il est donc important de réagir rapidement et avec sang-froid. Votre vétérinaire est votre meilleur interlocuteur pour vous conseiller, poser le diagnostic et choisir un traitement. La gestion du cheval sera ensuite primordiale pour retrouver un bon confort de vie et envisager un retour au sport.

Article rédigé par P. Cantet, vétérinaire équin

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