Coup de sang chez le cheval

Le syndrome du coup de sang, également appelé rhabdomyolyse à l’exercice, ou encore « myosite » se définit comme une maladie musculaire très douloureuse suite à un exercice physique. Elle correspond plus ou moins à des crampes musculaires chez l’homme, intenses et généralisées. On lui a aussi donné le nom de « Maladie du lundi » car elle survient généralement à la reprise de l’exercice suite au repos du dimanche. Le coup de sang se manifeste par une crise aiguë (occasionnelle), mais assez fréquemment récidivante chez des animaux prédisposés (forme chronique). Ce syndrome représente un problème majeur quand il est récidivant, en particulier chez les chevaux de course, car il peut être à l’origine de contre-performances, mais aussi provoquer de graves séquelles en cas de crise sévère.

Les symptômes du coup de sang chez le cheval

Les signes cliniques apparaissent principalement de façon brutale à l’exercice.

  • Lors de crises sévères, les symptômes sont en général assez significatifs de la maladie et permettent d’orienter rapidement le diagnostic.
  • Lors de crises modérées, rencontrées chez certains chevaux génétiquement prédisposés, le diagnostic peut être plus délicat.

Crise discrète à modérée :

symptome myosite cheval
  • Contre-performance
  • Raideur des postérieurs
  • Position campée
  • Boiterie à chaud
  • Douleurs au dos et aux postérieurs
  • Tremblements intermittents

Crise intense :

  • Cheval figé, incapable de bouger
  • Douleurs musculaires intenses
  • Sudation importante
  • Myoclonies : contractions musculaires involontaires et brutales
  • Hyperthermie (augmentation de la température)
  • Tachycardie (augmentation de la fréquence cardiaque)
  • Polypnée (augmentation de la fréquence respiratoire)
  • Myoglobinurie (urines foncées à cause de la présence de myoglobine (déchet musculaire))

Complications et conséquences possibles de la myosite chez le cheval :

Le coup de sang chez le cheval sera confirmé par prise de sang.

Un dosage des enzymes musculaires permet d’établir le diagnostic. On observe une augmentation des CK dès la première heure puis des ASAT ou LDH, qui mettront plus de temps à diminuer et permettront le suivi du cheval.

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Les causes de la myosite chez le cheval

Les muscles qui recouvrent les os du cheval sont appelés muscles squelettiques. Ils se composent de fibres musculaires dites striées.

Une rhabdomyolyse correspond à une destruction de ces fibres musculaires.

Cette destruction va libérer dans le sang de la myoglobine (molécule voisine de l’hémoglobine qui permet de stocker l’oxygène dans les cellules musculaires). Celle-ci sera éliminée dans les urines, leur donnant ainsi une couleur foncée.

Plusieurs mécanismes peuvent être à l’origine de ce phénomène, en perturbant l’équilibre de la cellule musculaire et en déclenchant une inflammation des muscles du cheval (myosite).

Il existe ainsi un certain nombre de facteurs favorisants (ci-dessous), parmi lesquels on retrouve des prédispositions génétiques, mais l’élément déclencheur est toujours l’exercice.

1. Inadéquation entre la ration et le travail :

Une ration trop riche en amidon est un facteur favorisant, d’autant plus si le cheval a un travail irrégulier et peu intense.

2. Exercice violent « à froid » suite à un ou plusieurs jours de repos

C’est une des formes les plus fréquentes, typiquement le cas du cheval resté au box un jour ou deux, qu’on va « défouler » à la longe. C’est à corréler à l’alimentation inadéquate car le plus souvent la ration n’a pas été diminuée les jours de repos.

3. Un exercice physique très long et intense :

Il s’agit là vraiment de surmenage musculaire, on l’observe en général lors de courses d’endurance, surtout lorsque le climat est chaud et humide ou si le cheval est mal préparé.

4. Facteurs génétiques ou « forme chronique» :

Chez ces chevaux prédisposés le coup de sang peut survenir au cours d’un exercice même léger. Il en existe plusieurs types, actuellement deux principaux sont identifiés :

  • La RER (Recurrent Exertional Rhabdomyolysis) :

L’anomalie concerne un défaut de régulation du calcium à l’intérieur des cellules musculaires. Les Trotteurs et les Pur-sang anglais et arabes sont particulièrement concernés.

Le stress est un facteur déclencheur des crises, les juments nerveuses y sont en général les plus sujettes.

Un changement d’environnement ou de routine de travail par exemple, peut être à l’origine d’une crise. Le gène responsable de cette anomalie n’a pas encore été précisément identifié, cependant on observe des lignées de chevaux touchés, ce qui laisse penser qu’il s’agit bien d’une maladie génétique.

10 à 15% des chevaux de sport et de course seraient concernés.

  • La PSSM (Polysaccharide Storage Myopathy ou Myopathies liées à un défaut de stockage des polysaccharides) :

Ici le gène a été identifié et le dépistage est possible pour la PSSM de type 1. Certaines races sont ainsi prédisposées comme le Cob Normand, le Selle Français ou encore le Quarter Horse. Les cellules musculaires des chevaux atteints accumulent de façon anormale le glycogène (PSSM de type 1) ou un polysaccharide modifié (PSSM de type 2) au lieu de l’utiliser comme source d’énergie.

Les traitements possibles contre le coup de sang chez le cheval

En cas de crise, le diagnostic est généralement assez aisé en se référant aux signes cliniques. Cela va permettre au vétérinaire de traiter le problème dans l’immédiat sans forcément attendre le résultat des analyses sanguines. Celles-ci permettront par contre de confirmer le coup de sang chez le cheval et d’évaluer la souffrance musculaire ainsi que de réaliser le suivi.

Lorsqu’une crise aiguë survient, le cheval ne doit pas bouger.

Que faire dans l’immédiat ?

  • Une erreur fréquente est de vouloir faire marcher le cheval mais il faut absolument le laisser en place afin d’éviter une aggravation des symptômes.
  • Il faut également le laisser à la diète tout en lui laissant de l’eau à volonté.
  • Des massages à l’aide d’un gel relaxant ou des cataplasmes sur les muscles atteints afin de diminuer leur inflammation peuvent soulager le cheval.
  • Il est fortement recommandé de contacter votre vétérinaire en urgence lors de crises sévères afin qu’il examine le cheval.

En effet, lors de crises sévères, le principal risque de complication de la myosite est l’insuffisance rénale. Les déchets musculaires vont être évacués dans les urines, ce qui, associé à une déshydratation, peut léser le rein du cheval.

L’insuffisance rénale alors provoquée n’est pas toujours réversible et peut être une grave séquelle de coup de sang chez le cheval.

Le rôle du vétérinaire

Le vétérinaire pourra évaluer le cheval et le perfuser, afin de soulager le rein et d’aider l’organisme à évacuer les toxines. Le cheval peut aussi recevoir des sédatifs afin de le détendre et de décontracter les muscles.

Des anti-inflammatoires non stéroïdiens sont en général préconisés pour soulager la douleur. Ils peuvent aggraver l’insuffisance rénale, c’est pourquoi il n’est pas recommandé de les administrer sans avis vétérinaire ni perfusion associée.

Après la crise…

  • Lors d’un épisode sporadique (occasionnel), le repos est indispensable avant toute reprise d’entraînement. Il est nécessaire que les signes cliniques aient disparu et que les paramètres sanguins CK et ASAT aient diminué. Il faut en général compter entre 15 jours et un mois de repos.
  • Concernant la forme chronique, on ne préconise pas de repos prolongé lors de petites crises peu intenses. Il est nécessaire de garder un travail le plus régulier possible et donc de remettre le cheval à l’exercice dès qu’il va mieux, de manière progressive.

Prévention du coup de sang chez le cheval

Plusieurs mesures préventives permettent d’éviter l’apparition d’une crise occasionnelle mais aussi de nouvelles crises dans le cas d’une forme chronique.

  • Il est nécessaire d’adapter chaque exercice physique au cheval et à sa condition sportive sans négliger un bon échauffement et des temps de récupération après chaque effort.

  • Une bonne phase de repos est nécessaire après chaque course ou compétition, tout en diminuant la ration en conséquence.

  • Après un arrêt, la reprise de l’exercice doit être progressive.
  • Une pierre à sel à disposition est conseillée. En effet, le sel favorise la rétention d’eau au sein de l’organisme.

Pour les cas chroniques :

  • Un exercice quotidien est important, il est préférable qu’il n’y ait pas de jours sans exercice.
  • Il est important, s’il y a des jours de repos, de diminuer la ration alimentaire tout en faisant une sortie légère (au paddock par exemple).
  • Il faut veiller à réduire le stress chez les chevaux particulièrement nerveux : environnement calme, même routine quotidienne …
  • Une supplémentation du cheval en anti-oxydants peut limiter la fréquence des crises. Ils vont jouer le rôle de protecteurs de la cellule musculaire, les deux principaux sont la vitamine E et le sélénium. 
  • Il est nécessaire de diminuer les glucides dans la ration alimentaire en compensant par l’apport de matières grasses (par exemple : utilisation d’huile végétale comme colza, soja, maïs, tournesol, isio 4…). Parallèlement, une augmentation de la cellulose digestible est nécessaire en donnant du foin de bonne qualité, du son de blé, des carottes, des briques de fourrage compressées. La luzerne est souvent décriée, sa teneur élevée en potassium et en calcium pourrait favoriser les coups de sang.

  • Mettre les chevaux au pré le plus souvent possible.
  • Par temps chaud, compenser les pertes en électrolytes de la transpiration par un complément dans l’eau de boisson ou l’aliment. 

Pour conclure : 

Le coup de sang chez le cheval est une affection musculaire douloureuse et fréquemment rencontrée. Le diagnostic est généralement assez facilement orienté par les symptômes, par contre la gestion à long terme du cheval est primordiale.

On peut considérer le coup de sang « sporadique » ou occasionnel comme un accident musculaire directement lié à un travail ou une ration inadaptés.

À l’inverse la rhabdomyolyse récidivante est une maladie chronique, rencontrée chez des chevaux génétiquement prédisposés, déclenchant des coups de sang même lors d’un exercice « raisonné ».

Dans tous les cas plusieurs mesures préventives permettent d’éviter l’apparition d’une crise, qu’elle soit aiguë ou chronique. Cela passe par des mesures alimentaires, à l’entraînement et par des mesures de gestion du stress. C’est la combinaison de mesures préventives au niveau de l’alimentation et de l’exercice qui va permettre de prévenir cette affection.

Références :

  • Anne Couroucé-Malblanc et Francis Desbrosse. Maladies des chevaux, 2ème édition. Guides France Agricole, 2010. Myopathies ou rhabdomyolyse à l’exercice, p. 262-265.
  • Lucille Jayr. Prédisposition de la rhabdomyolyse d’effort chez le Trotteur Français : Analyse génomique [en ligne]. Thèse Docteur Vétérinaire. Créteil : Faculté de médecine de Créteil, 2009, 89 p. Disponible sur : http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=67 (consultée le 24/01/2018).
  • Bérénice Herszberg, Etude de la myopathie héréditaire par surcharge en polysaccharides chez les chevaux Cob normand, Thèse pour le Doctorat de biochimie et biologie moléculaire, Saint Quentin en Yvelines, 2008, 90p. Coup de sang chez le cheval.