Rubrique : Dermatologie

La teigne chez le cheval

teigne chez le cheval

Votre cheval présente des lésions cutanées, rondes et dépilées ? Prudence ! Il pourrait s’agir de la teigne.
Cosmopolites et très contagieuses, les teignes sont probablement les affections cutanées les plus fréquentes chez les chevaux. Si elles ne sont pas graves sur un plan médical, leur contagiosité rend leur gestion très contraignante. Certains agents de teigne chez le cheval sont même transmissibles à l’homme. Il est ainsi important de savoir reconnaitre les affections cutanées engendrées, afin d’éviter la contamination des animaux alentours mais aussi d’assurer votre propre santé.

Comment reconnaître la teigne chez le cheval ?

La teigne est une mycose contagieuse due au développement de champignons filamenteux appelés dermatophytes, ayant une grande affinité pour l’épiderme et les phanères (poils). L’agent le plus fréquent chez le cheval est nommé Trichophyton equinum. Certains de ces champignons sont des parasites stricts, ne vivant que sur l’animal, d’autres peuvent vivre et se développer sur le sol.

La teigne est une affection évoluant bien souvent au sein de collectivités de chevaux (centres équestres, haras). Non contrôlée, cette pathologie frappera les animaux un à un. La contagiosité est un critère important de diagnostic : entre chevaux mais aussi parfois des chevaux à l’homme.

Longtemps considérée comme une affection à caractère saisonnier, la teigne touche en réalité de plus en plus de chevaux quelle que soit la période de l’année.

En effet, les dermatophytes se développent surtout en hiver, profitant de la chaleur et de l’humidité des écuries. Or, aujourd’hui, de plus en plus de chevaux y séjournent à l’année.

  • La phase d’incubation de la maladie peut s’étendre d’une semaine à un mois.

Lors de la recherche des causes de contamination, votre vétérinaire pourra donc vous demander des informations remontant à plusieurs semaines. Dans cet intervalle, le champignon va se reproduire et multiplier les filaments mycéliens dans le follicule pileux. Les lésions visibles apparaissent par la suite.

teigne chez le cheval

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Credit photo : D. Pin, Dermatologie ENVL

Au début, vous pourrez peut-être observer de simples touffes de poils surélevées (à ce stade, elles sont souvent confondues avec des piqures d’insecte).

Par la suite, ces poils tombent formant une dépilation ronde bien définie avec de fines squames de peaux.

  • Cette chute des poils sera généralement le premier signe de teigne observé chez l’animal.

  • Les poils qui repoussent à la suite d’une lésion provoquée par la teigne apparaitront quelques semaines plus tard, parfois d’une couleur différente à celle de la robe initiale de votre cheval.

Remarque : Selon l’agent responsable, les lésions seront plus ou moins rondes, grandes ou petites, mais le poil sera toujours cassé et non épilé. 

A noter que les lésions ne grattent pas le cheval à la différence des gales ou autres dermatites.

Vous voulez en savoir plus ?

Pour identifier le type de champignon responsable, la clinique n’est pas suffisante.

Seule la culture du microorganisme permettra une diagnose d’espèce par votre vétérinaire. Ce diagnostic sera notamment proposé pour les propriétaires de plusieurs chevaux. Un raclage sera réalisé pour récupérer des poils. Ceux-ci seront examinés au microscope et le résultat affinera ainsi la suspicion clinique du vétérinaire.

La culture des champignons en laboratoire permettra, elle, de préciser l’espèce fongique responsable. Ceci peut être particulièrement intéressant car si le champignon responsable est tellurique (en provenance du sol), les animaux pourront se recontaminer facilement indépendamment du traitement mis en place. Ce diagnostic de laboratoire présente néanmoins le désavantage d’être particulièrement long : environ 4 semaines avant d’avoir un résultat.

Comment mon cheval a t-il été contaminé ?

L’une des problématiques principales avec la teigne est sa persistance dans le milieu environnant : jusqu’à 18 mois dans certaines écuries. En effet, le dermatophyte présente la particularité de pouvoir se reproduire par spores (forme résistante pouvant donner à elle-seule naissance à un nouvel individu), insensibles aux conditions extérieures défavorables.

La transmission du champignon responsable de cette pathologie pourra ainsi se faire de façon :

  • Directe : contact étroit entre les animaux ou entre l’animal et l’homme
  • Indirecte : insectes piqueurs, harnachements, matériel de pansage, abreuvoirs…

La contamination est la conséquence de la germination de spores de dermatophytes à la surface de la peau, chose qui sera facilitée par un microtraumatisme (comme une irritation locale causée par le harnachement).

Quand les fragments de poils tombent, les dermatophytes ou leurs spores se retrouvent sur le sol, sur une partie du corps saine du cheval ou sur un autre animal : la boucle est bouclée !

En l’absence de contact avec un individu ou du matériel contaminé, le cheval peut également se contaminer par des spores ayant survécu longtemps dans le sol. Cependant, pour que le cheval déclenche une teigne dans ce cas, il faut en général une baisse d’immunité associée.

Il existe de rares prédispositions spécifiques, mais celles-ci ne doivent pas être considérées comme les uniques responsables du développement de la maladie. Les jeunes sont évidemment les plus sensibles, leur système immunitaire étant encore immature.

Néanmoins tous les équidés, quel que soit leur âge et leur sexe sont concernés par la teigne.

Certaines affections cutanées (notamment la présence de poux), carences en vitamines et oligoéléments, parasitoses ainsi que des traitements prolongés aux antibiotiques sont autant de facteurs qui pourraient favoriser le développement de la teigne.

 Les traitements possibles pour soigner la teigne chez le cheval

Le traitement sera fait de deux façons possibles :

  • En local principalement par la friction d’antifongique (énilconazole en particulier) tous les 4 jours et sur l’ensemble du corps. Le vétérinaire pourra éventuellement demander la tonte des poils en cas de forte infestation, pour favoriser les traitements et limiter la propagation (ceux-ci seront par la suite brûlés).
  • Le traitement par voie orale (griséofulvine) est plus rarement utilisé mais il peut représenter un complément intéressant, toujours dans les cas les plus graves, ou pour accélérer la guérison. Il se donnera sur 10 jours (ou en deux doses à 5 jours d’intervalle) mais son efficacité n’est démontrée que sur Trichophyton equinum.

Entre deux applications d’antifongique ou en parallèle du traitement par voie orale, les lésions peuvent être désinfectée avec un antiseptique à base d’iode. Cela évitera les surinfections et limite le développement du champignon.

Les animaux infectés devront être séparés de leurs congénères, il est recommandé de porter des gants pour s’en occuper, ou au moins de se désinfecter les mains après.

Si la teigne sur un cheval se soigne bien, il est beaucoup plus lourd et compliqué de traiter 15 chevaux…

A la fin du traitement, on considère qu’il a été efficace si aucune nouvelle lésion n’apparaît.

Les poils mettront par contre un certain temps à repousser là où ils sont tombés, et parfois ils resteront d’une couleur légèrement différente. Il est possible d’utiliser des compléments alimentaires pour stimuler la pousse du poil.

Le traitement de l’environnement et du matériel est indispensable pour l’éradication de la teigne. Le matériel fragile pourra être traité avec la lotion à l’énilconazole. Les textiles doivent être lavés avec un produit désinfectant efficace sur les spores (type Sanytol), un lavage en machine à la lessive classique ne suffit pas. 

brosse cheval

Les brosses et autre matériel non fragile peuvent être désinfectés avec un bain de javel. Le box, la mangeoire et autres lieux doivent être traités avec un désinfectant actif sur les spores.

La prévention

Si la teigne chez le cheval est présente naturellement sous forme de spores en dormance dans la grande majorité des écuries, elle ne provoquera de symptômes que lorsque la pression infectieuse surpassera les défenses naturelles de votre cheval. C’est à dire si d’autres chevaux ont des lésions ou si votre cheval a une baisse de forme.

Il est ainsi important de s’assurer de la bonne ventilation et de l’entretien des bâtiments, d’éviter tout échange de tapis ou de brosses entre cavaliers (qui peuvent être des nids à champignons ou spores) et enfin d’être vigilants lors de rassemblement de chevaux. Une désinfection annuelle des écuries est une bonne pratique qui permet de limiter la résurgence de teigne.

De même, lors de l’introduction d’un nouvel animal, il est conseillé de respecter une période de quarantaine avant de l’introduire dans un troupeau ou de lui prêter du matériel. Cela est utile en prévention de la teigne bien sûr mais aussi d’autres pathologies contagieuses (gourme, parasites externes…).

Pour résumer :

Si la teigne chez le cheval n’est pas une maladie grave, ses principaux symptômes étant surtout esthétiques, elle peut être un cauchemar si elle se propage à tout un effectif.
Bien qu’aucune solution miracle n’existe, de nombreuses habitudes hygiéniques permettent de l’éviter ou de limiter sa propagation. Divers vaccins sont actuellement testés et certains font déjà leurs preuves en Europe de l’Est.

Références :

  • ALARIO, Fanny. « Enquête épidémiologique descriptive en dermatologie équine auprès des praticiens exerçant en France ». ENVA, 2013.
  • FRANC, Michel. « Ectoparasitoses du cheval ». Cours magistral ENVT, ENVT, 1 mars 2017.
  • Guillot, Jacques, Frédéric Beugnet, Georges Fayet, Emmanuel Grange, et Hoan Dang. Parasitoses et mycoses externes. Kalianxis. Vol. 1. 2 vol. Abrégés de Parasitologie Clinique des Equidés, 2005.
  • MILON, Charlotte. « Principaux parasites transmissibles à l’homme ». VetAgro Sup, 2010.