Douleurs ovariennes chez la jument

Dans le monde du cheval, les juments sont souvent réputées caractérielles. Les mâles étant la plupart du temps castrés, leur comportement n’est que peu modifié par l’imprégnation hormonale, ce qui n’est pas le cas des juments. Bien souvent, les problèmes ovariens sont invoqués comme explication au moindre trouble du comportement, à la rétivité ou même à une boiterie ou à une colique.

Cependant, le diagnostic est difficile à poser et bien souvent les hormones n’ont pas de lien avec les problèmes rencontrés. Nous vous expliquons aujourd’hui comment reconnaître les symptômes de douleurs ovariennes non pathologiques, les différentes pathologies ovariennes chez la jument et les traitements possibles.

Douleurs ovariennes non pathologiques : causes, symptômes et traitements

Cycle ovarien chez la jument

Une jument sans anomalie de fonctionnement du système reproducteur présente des cycles ovariens d’environ 3 semaines.

Sous influence hormonale, les ovaires fabriquent des follicules qui grossissent progressivement pendant une quinzaine de jours. Ensuite, le plus gros (voire parfois les deux plus gros) libère(nt) un ovule dans l’utérus. Le follicule qui a ovulé devient alors ce qu’on appelle un corps jaune. L’ovaire reste au repos 5 jours puis le cycle recommence.

En parallèle de ces modifications physiques, l’ovaire sécrète différentes hormones, les plus connues étant l’œstrogène et la progestérone, dont les taux vont varier selon le cycle.

cycle ovarien jument

Source : IFCE

Au cours du cycle, la jument subit donc des modifications hormonales pouvant jouer sur son comportement, la rendant plus calme ou au contraire plus excitée ou irascible.

En parallèle, les différentes phases du cycle peuvent entrainer une gêne voire des douleurs, rien que par les modifications de la taille de l’ovaire.

En effet, lorsque le follicule approche de l’ovulation, sa taille atteint fréquemment les 5 cm de diamètre.

L’ovaire est alors particulièrement gros et un peu déformé. Dans la cavité pelvienne de la jument l’ovaire est suspendu à la voute lombaire par un ligament. Selon son poids, il va donc tirer plus ou moins fort sur ce ligament ce qui peut être particulièrement douloureux et s’accentuer avec le travail.

  • Les douleurs ovariennes chez la jument sont donc tout à fait compatibles avec des cycles normaux, et être causées par de gros follicules, entrainant une tension sur le ligament ovarien en période de chaleur.

Les symptômes

Ces juments présenteront donc des symptômes de manière très cyclique. Les douleurs ne seront présentes que dans la période de début de chaleurs et disparaitront une fois l’ovulation passée.

On observe des signes d’inconfort au repos comme au travail, variables selon l’intensité de la douleur :

  • Jument qui se campe,

  • Fouaillement de queue,

  • Se regarde voire se mords les flancs,

  • Signes de coliques (gratte, se couche),

  • Rétivité au travail, rue à la botte,

  • Dorsalgie,

  • Irrégularité postérieure.

colique cheval

Le transit est conservé même si l’appétit peut être capricieux.

  • Les symptômes peuvent s’améliorer avec une administration d’antispasmodiques.

Ces signes là sont donc compatibles avec des douleurs ovariennes chez la jument mais ils sont assez peu spécifiques, et ne sont pas le symptôme d’une pathologie mais seulement de cycles douloureux.

  • Ce qui oriente le diagnostic, c’est vraiment la cyclicité des troubles et leur concomitance avec les chaleurs.

Cependant, parfois, les douleurs lombaires s’accompagnent de contractures qui mettent du temps à passer, même une fois les chaleurs terminées.

Si les symptômes disparaissent avec l’administration d’hormones anti-chaleurs comme le Regumate, cela confirme le diagnostic avec certitude.

Traitement

Ces douleurs n’étant pas liées à une réelle maladie mais simplement à la taille des follicules et à une sensibilité particulière lors du cycle, il n’existe pas vraiment de traitement.

On va chercher à soulager les symptômes et à diminuer l’intensité du cycle.

On peut utiliser la phytothérapie dans un premier temps pour apaiser les douleurs ovariennes chez la jument.

Il existe des plantes aux effets antispasmodiques, anti-inflammatoires et anxiolytiques, comme la Camomille et la Mélisse. Certaines ont même un effet sur l’équilibre hormonal pour limiter l’expression des chaleurs, comme les graines d’Agnus Castus, qui imitent l’effet de la progestérone.

En cas d’échec avec la phytothérapie, la solution reste l’administration quotidienne d’hormone progestative pour couper les chaleurs (équivalent d’une contraception). L’inconvénient principal reste le coût de ce traitement, par contre il est autorisé en compétition.

Il existe une vaccination permettant une « castration chimique » de la jument, cependant celle-ci n’est pas autorisée en compétition. Elle présente l’avantage d’être beaucoup moins couteuse et contraignante (durée d’environ 6 mois). Par contre le produit disponible en France n’est pas destiné aux chevaux et peut entraîner des réactions douloureuses au point d’injection.

L’infiltration du ligament ovarien est également une technique parfois utilisée.

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Pathologies ovariennes chez la jument

En plus des douleurs liées aux cycles ovariens normaux, la jument peut présenter un certain nombre de pathologies d’origine ovarienne.

Nous vous présentons ici les plus fréquentes, cependant cette liste n’est pas exhaustive.

Tumeurs de la Granulosa

Il s’agit d’une forme de cancer de l’ovaire. Il est assez peu invasif car il ne métastase pas ou très rarement, par contre il est agressif localement, avec un ovaire pouvant atteindre la taille d’un ballon de basket. Cela peut engendrer des douleurs ovariennes chez la jument.

Les cellules touchées qui se multiplient en excès sont celles de la Granulosa, tissu situé autour des follicules de l’ovaire.

Les principaux symptômes sont en général comportementaux : 

  • Les juments ont tendance à avoir un comportement d’étalon, à être plus agressives, en raison des modifications hormonales liées à la tumeur. 

  • Elles peuvent aussi présenter de la nymphomanie, avec un comportement de chaleurs permanent (« juments pisseuses »).

De plus, l’autre ovaire est en général atrophié, et ne fonctionne pas, elles ne sont généralement pas fertiles.

Le diagnostic est assez aisé par échographie transrectale des ovaires si le stade est avancé, avec un ovaire beaucoup plus gros que l’autre. Il peut être confirmé avec un dosage hormonal spécifique (hormone anti-müllerienne).

Le traitement est chirurgical, il peut s’effectuer sous laparoscopie sur cheval debout. L’infertilité est généralement réversible, l’autre ovaire se remettant à fonctionner une fois l’ovaire tumoral enlevé.

Hématome ovarien

Au moment de l’ovulation, l’ovaire peut saigner à cause de la rupture du follicule.

L’épanchement de sang, comme tous les hématomes, est douloureux, en raison du poids augmenté et de la pression sur l’ovaire. Il peut faire plus d’une dizaine de centimètres de diamètre. C’est une cause de douleurs ovariennes chez la jument, celle-ci peut alors présenter des signes de coliques.

Si la jument présente des hématomes à chaque ovulation, les douleurs seront cycliques, et s’apparenteront aux chaleurs douloureuses décrites ci-dessus. La différence réside dans l’apparition des douleurs après et non avant l’ovulation.

Les traitements seront identiques, à base de phytothérapie apaisante ou d’hormones pour supprimer les chaleurs.

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Abcès ovarien chez la jument

Beaucoup plus rare, l’abcès de l’ovaire chez la jument est assez douloureux.

Il peut modifier le cycle en bloquant l’activité ovarienne. Dans ce cas, les symptômes ne sont pas cycliques. Assez frustes, on peut avoir des signes de coliques répétés, un amaigrissement, de l’hyperthermie, des signes d’infection à la prise de sang et une infertilité.

Le diagnostic pourra être confirmé avec une échographie ovarienne, associée au reste des symptômes.

Le traitement antibiotique est rarement efficace à lui seul si l’abcès est de grande taille. Le diagnostic étant souvent tardif, la chirurgie reste la meilleure option pour éviter une rupture de l’abcès dans l’abdomen.

Kystes ovariens

Les kystes sur les ovaires sont beaucoup plus rares qu’on ne l’imagine. Ils sont loin d’être une cause majeure de douleurs ovariennes chez la jument.

Il s’agit de cavités liquidiennes sur l’ovaire, en général liées à un anoestrus (absence de chaleurs). On essaiera alors d’induire hormonalement un retour en chaleurs et donc une lyse des kystes. En cas d’échec, ils peuvent être ponctionnés chirurgicalement. Ils ne sont pas ou peu douloureux.

Pour conclure : 

Les pathologies ovariennes sont très probablement surestimées par les propriétaires de jument. Cela ne veut pas dire qu’il faut pour autant les négliger. La plupart du temps, elles sont découvertes au hasard d’un examen gynécologique en vue d’une mise à la reproduction.

Certains troubles du comportement peuvent vous alerter à condition qu’ils soient cycliques. Sinon la cause est bien souvent ailleurs, et il faudra explorer d’autres causes avec votre vétérinaire (dorsalgies…).