Rubrique : Orthopédie 

Tendinite du fléchisseur profond chez le cheval

L’inflammation des fibres tendineuses ou tendinite représente environ 50% des lésions musculosquelettiques affectant le cheval. Si le tendon fléchisseur superficiel du doigt est clairement le plus affecté, on retrouve aussi de nombreuses tendinites concernant le tendon fléchisseur profond du doigt.

A la différence des tendinites du fléchisseur superficiel connues pour arriver brutalement le plus souvent lors d’un effort intense (« claquage ») et faire une banane, celles du fléchisseur profond sont plus souvent la conséquence d’une fatigue chronique et les signes sont souvent moins évidents. Dans les cas d’atteinte au niveau du pied du cheval, où le tendon s’accroche sur l’os, on la considère comme une des formes du syndrome naviculaire. Les chevaux de CSO y sont particulièrement prédisposés.

Quelques repères anatomiques

Le tendon fléchisseur profond du doigt, couramment appelé le perforant, est situé à l’arrière (face palmaire) des os du doigt et de l’avant-bras du cheval.

Tendinite du fléchisseur profond chez le cheval

Il prolonge le muscle fléchisseur profond situé au niveau du bras, s’attache à l’arrière des os du carpe (« genou ») par ce qu’on appelle la bride carpienne.

Il descend jusqu’au pied du cheval, recouvert par le tendon fléchisseur superficiel du doigt ou perforé.

A la différence de celui-ci, qui s’insère sur l’os de la deuxième phalange au niveau du paturon, le perforant vient s’accrocher sur la troisième phalange dans le sabot en coulissant le long de l’os naviculaire.

Cette différence d’attache, en apparence anodine, engendre des tensions totalement opposées mais complémentaires sur les deux tendons fléchisseurs.

  • Cette notion est primordiale pour bien comprendre les lésions et le choix de la ferrure lors de tendinite du fléchisseur profond.

Symptômes de la tendinite du fléchisseur profond chez le cheval

Les tendinites du perforant sont très majoritairement situées au niveau des antérieurs du cheval.

Dans plus de 90% des cas les lésions sont situées sous le boulet et dans plus de 50% des cas au niveau du pied.

On est donc très rarement dans la situation « classique » de tendinite connue.  On ne retrouve pas la « banane » à l’arrière du canon comme chez les chevaux atteints de tendinite du fléchisseur superficiel. Lors de tension trop importante sur le fléchisseur profond au niveau du canon, c’est bien souvent la bride carpienne et non le fléchisseur directement qui va présenter une lésion.

Les symptômes se rapprochent donc plus souvent de ceux du syndrome naviculaire que de ceux attendus sur une tendinite :

  • Boiterie, souvent chronique, récidivante, évolutive, parfois bilatérale, plus marquée sur le cercle à main correspondante,

  • Membre boiteux souvent placé en protraction (en avant par rapport à l’autre) pour se soulager,
  • Pied plus haut et plus étroit que l’autre,
  • Creux du paturon ou arrière du paturon gonflé,
  • Quand la lésion est située au niveau du canon, on peut avoir une déformation, associée à une chaleur et une douleur, le membre sera plutôt gonflé sur les côtés des tendons que vers l’arrière,
  • Parfois aucun signe local n’est visible, dans ce cas c’est souvent l’anesthésie locale du pied par le vétérinaire qui aiguillera le diagnostic.

Les chevaux les plus fréquemment touchés sont les chevaux de CSO de plus de 6 ans.

Les causes de la tendinite du fléchisseur profond chez le cheval

La plupart des tendinites du fléchisseur profond sont des tendinites chroniques, liées au travail répété. Cependant un facteur traumatique, comme une lacération du paturon peut aussi être responsable d’une tendinite. Cela arrive par exemple lors d’accidents avec un fil de clôture au pré.

Un certain nombre d’éléments peuvent favoriser l’apparition de tendinites d’efforts.

Il y a les facteurs extrinsèques, sur lesquels le cavalier peut influer :

  • Un sol trop profond : dans ce cas le cheval va forcer sur le tendon. Les talons vont avoir tendance à s’enfoncer plus facilement dans le sol, augmentant fortement les contraintes sur le perforant.

  • Un surentrainement : le travail de l’animal sollicite intensément le tendon fléchisseur profond, notamment à l’obstacle lors de la phase de propulsion.

    L’excès de travail intensif est une cause majeure de tendinites chroniques.

  • Une ferrure ou un parage mal adaptés. Une pince trop longue entraine des contraintes importantes sur le tendon fléchisseur profond. Un cheval doit être referré toutes les 6 semaines environ et ne doit jamais dépasser deux mois de ferrure pour travailler, et encore moins sauter.

Enfin, des facteurs intrinsèques, propres au cheval, peuvent rentrer en cause :

  • De mauvais aplombs, notamment des pieds plats aux talons fuyants.
  • Le poids du cheval va augmenter le risque, les chevaux trop gras mais aussi de constitution plus lourde sont plus à risque.
  • L’âge du cheval et son ancienneté dans le travail : la tendinite est une maladie cyclique. Les fibres se fatiguent et se détériorent avec une vitesse propre à chaque animal. Plus les chevaux vieillissent, plus le risque de tendinite est élevé et les risques de récidives augmentent par la suite.

Bien souvent, la tendinite sera le résultat d’une accumulation de fatigue, de prédisposition liée à la conformation du pied et de surentrainement.

Les tendinites aiguës du perforant sont relativement peu communes comparées à celles du fléchisseur superficiel du doigt. Les lésions du pied et plus particulièrement du doigt étant le plus souvent impliquées, les atteintes sont généralement dégénératives.

Diagnostic

Ces derniers points ajoutés à la variabilité d’expression des signes cliniques font de la tendinite du perforant une affection difficile à diagnostiquer.

  • Les anesthésies tronculaires, permettant de cibler la localisation de la boiterie sont souvent indispensables au vétérinaire pour confirmer une atteinte du pied ou du paturon.
  • L’échographie peut permettre d’identifier la lésion, cependant lors de tendinites situées dans le sabot, notamment à l’insertion sur la troisième phalange, elle est souvent limitée.
  • La radiographie peut montrer une calcification, ou des remodelages sur la troisième phalange dans les cas sévères mais elle est en général insuffisante pour un diagnostic de certitude.
  • L’examen de choix est alors l’IRM, d’autant plus que de nombreux animaux présentent en réalité une forme combinée de syndrome podotrochléaire : la tendinite est ainsi plus difficile à diagnostiquer car elle n’est pas le seul facteur entrant en cause.

L’IRM (imagerie par résonance magnétique) s’est ainsi beaucoup développée ces dernières années en orthopédie équine. Elle permet un diagnostic précis et très fiable, et se pratique aujourd’hui couramment sur cheval debout sédaté.

Son défaut reste bien entendu le coût, variant autour de 1 000€ environ selon les zones imagées. Cependant, face à des boiteries chroniques et récidivantes, au diagnostic incertain, de plus en plus de propriétaires sautent le pas.

Le traitement de la tendinite du fléchisseur profond chez le cheval

Le traitement de la tendinite comprend plusieurs dimensions. En effet, se contenter d’un repos strict ne suffira pas à éviter les fréquentes récidives (76%).

Le traitement médical

  • Il repose sur l’administration d’anti-douleur et anti-inflammatoire au cheval pour le soulager.
  • Les soins locaux : ils peuvent être utilisés lorsque la tendinite est localisée à un endroit accessible, au niveau du canon ou du paturon.
    • Dans un premier temps, on appliquera plutôt du froid sur le membre afin de diminuer la douleur et l’inflammation.
    • Dans un deuxième temps, l’application de vésicatoire (produit chauffant) peut stimuler la cicatrisation tendineuse.
  • L’administration de Tiludronate (Tildren) a montré une efficacité sur certains cas de tendinites du fléchisseur profond chez le cheval situées dans le pied, associées à un syndrome naviculaire. Elle permet de limiter l’évolution dans le temps et améliore la locomotion du cheval lors de boiteries légères.

La ferrure orthopédique

ferrure orthopedique cheval

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Source : Merlin N, Les tendinopathies du fléchisseur profond du doigt en région digitale distale chez le cheval. Etude rétrospective sur 205 cas, ENVA, 2007

Ainsi, dans la plupart des cas, le vétérinaire préconise un fer à l’envers ou un egg-bar-shoe (fer ovale), parfois compensé en talon dans les cas les plus graves.

Pour les chevaux avec une atteinte légère diagnostiquée précocement ou reprenant une activité sportive après une période de rééducation réussie, un fer à oignons avec beaucoup de rolling permet d’éviter les récidives en limitant l’enfoncement des talons dans le sol et donc une trop grande sollicitation du fléchisseur profond.

  • La ferrure est partie intégrante du traitement des tendinites du fléchisseur profond chez le cheval. Elle va permettre de modifier légèrement les appuis afin de soulager les tensions sur le perforant. Cela passe par une surélévation des talons et un parage court en pince avec un fer favorisant le départ du pied.

Le traitement chirurgical

Dans certains cas, avec des lésions dans le pied, la névrectomie peut permettre d’apporter du confort à des chevaux gravement atteints.

Cependant seuls des chevaux régulièrement suivis et mis à la retraite peuvent éventuellement être candidats. En effet, elle consiste à couper le nerf sensitif du pied, le cheval ne sent donc plus la douleur, il risque donc de forcer sur le tendon, pouvant aller jusqu’à la rupture complète. De plus, la névrectomie est interdite par le code des courses et la FEI.

Autres types de traitement

Les traitements fréquemment utilisés dans d’autres types de tendinite, comme l’injection de substances telles que des facteurs de croissance ou des cellules-souches dans le tendon, sont rarement mis en pratique. En effet dans la plupart des cas les lésions ne sont pas accessibles. Pour la même raison, on n’utilisera pas non plus les thérapies au laser ou aux ondes de choc.

L’exercice

Dans la plupart des cas présentant une boiterie marquée, le cheval doit évidemment rester au repos strict pendant une durée à déterminer par votre vétérinaire, en général au moins trois mois. On pensera bien sûr à adapter la nourriture en vue de la diminution de l’activité physique.

La rééducation est très importante. Le cheval doit reprendre le travail très progressivement, suivant les consignes du vétérinaire et sous son contrôle aux différentes étapes clés.

On considère, notamment en cas d’atteinte du tendon au niveau du pied que le cheval sera indisponible pendant 6 mois à un an.

Il y a en général 4 étapes :

1) Marche au pas sur sol dur

2) Trotting fractionné (pas et trot de courte durée alternés) avec augmentation progressive de l’exercice sur sol dur/ferme.

3) Rééducation au petit galop en ligne droite sur sol ferme.

4) Reprise progressive de l’entrainement (obstacle, course…)

Les durées sont variables, c’est le vétérinaire qui les détermine. Les terrains profonds sont à proscrire durant toute la rééducation et fortement déconseillés par la suite pour éviter toute récidive. On adaptera la ferrure au fur et à mesure de la convalescence. Une ferrure à oignons est en général prescrite à vie si le cheval la supporte bien.

Pour conclure : 

La tendinite du fléchisseur profond chez le cheval est une pathologie plus rare que les tendinites du perforé ou du ligament suspenseur du boulet, mais pénalisante, puisque les statistiques indiquent que 50% des chevaux abandonnent par la suite leur carrière sportive.

Le diagnostic est difficile car cette affection entre bien souvent dans un ensemble de signes cliniques combinés appelé syndrome podotrochléaire (ou syndrome naviculaire). Les lésions podales sont fréquemment impliquées, rendant la ferrure orthopédique incontournable dans la prise en charge de l’affection. Par la suite, il est primordial d’assurer un confinement de l’animal et une reprise progressive du travail afin d’éviter une rechute et une aggravation des signes cliniques.

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Références :

  • Association vétérinaire équine française. Maladie des chevaux. France Agricole Edition 2. Maladies, 2010.
  • CUEVAS, G. « La tendinite chez le cheval ». ENVT, 9 novembre 2015.
  • FISCHER, Anne, Fiona. « La tendinite digitale du fléchisseur profond du doigt du cheval : étude rétrospective sur 39 cas cliniques ». ENVA, 2002.
  • LAMY, Antoine. « Approche de la physiothérapie des tendinites chez le cheval – Comparaison entre médecine humaine et médecine vétérinaire ». ENVL, 2004. ENVT.
  • MERLIN N, LES TENDINOPATHIES DU FLECHISSEUR PROFOND DU DOIGT EN REGION DIGITALE DISTALE CHEZ LE CHEVAL : ETUDE RETROSPECTIVE SUR 205 CAS, ENVA, 2007