Rubrique : Orthopédie 

Dorsalgies chez le cheval

Les dorsalgies sont aujourd’hui une pathologie reconnue du cheval de sport. Elles sont la conséquence directe de notre utilisation du cheval et de notre équitation. Même un cheval avec un dos sain et bien constitué au départ peut présenter une dorsalgie en fonction du travail qui lui est demandé, de son cavalier et bien sûr du matériel utilisé.

Nous vous décrivons ici les différents symptômes ou signes d’appels qui doivent vous alerter, puis nous décryptons le fonctionnement du dos du cheval pour expliquer les différentes lésions lors de dorsalgies.

Nous verrons ensuite quels sont les traitements possibles et surtout les moyens de prévention.

Symptômes des dorsalgies chez le cheval

Les signes de dorsalgies chez le cheval sont souvent assez frustes, et peuvent parfois être confondus avec des troubles du comportement. C’est cela qui rend le diagnostic difficile et parfois trop tardif.

Les symptômes étant d’expression très variable d’un cheval à l’autre, ils suffisent rarement au diagnostic.

Un examen vétérinaire complet permettra de confirmer une suspicion de douleur dorsale, souvent associé à des examens complémentaires (radiographie ou parfois échographie).

Si l’ostéopathe équin est souvent appelé en première intention, son rôle est plutôt de soulager le cheval de tensions liées à de mauvaises postures ou à des contractures, mais le diagnostic reste du ressort du vétérinaire.

Parmi les signes qui doivent vous alerter et vous amener à consulter :

  • Sensibilité inhabituelle au pansage, parfois associée à une zone de chaleur ou à une déformation,

  • Agressivité au moment de seller ou de sangler,

  • Baisse de performance,

  • Raideur au travail,

  • Appréhension à l’obstacle (précipite, refuse…),

  • Dos qui se creuse, manque d’engagement,

  • Défenses monté (ruades, saut de mouton).

obstacle cheval

La liste n’est pas exhaustive, et ce n’est pas parce qu’un cheval présente l’un de ces symptômes qu’il est forcément dorsalgique. Le vétérinaire vous aidera à en avoir le cœur net et à faire le point sur les douleurs de votre cheval.

Lors de son examen, le vétérinaire :

  • réalisera une palpation et une manipulation de l’ensemble du rachis du cheval, recherchant des zones de douleur ou de moindre mobilité.
  • il regardera ensuite le cheval se déplacer dans différentes circonstances (en ligne droite, en longe…) et pourra également lui mettre un surfaix pour évaluer sa locomotion.

Certains chevaux dorsalgiques peuvent alors avoir des réactions très violentes.

Les examens complémentaires permettront ensuite d’objectiver le diagnostic en mettant en évidence une lésion ostéo-articulaire, ligamentaire ou encore musculaire.

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Causes des dorsalgies chez le cheval

Anatomie et biomécanique du dos du cheval

Pour comprendre les pathologies du dos, il est important de connaître les bases de la biomécanique du cheval.

La plupart des cavaliers ont déjà entendu parler du travail « bas et rond » pour le dos du cheval, mais sans forcément en comprendre le fonctionnement.

Un petit peu d’anatomie…

Credit photo : Equisense

Le dos du cheval est composé : bien sûr de la colonne vertébrale, mais aussi d’un puissant ligament qui en recouvre l’ensemble, appelé ligament nuchal puis supra-épineux et enfin de nombreux muscles indispensables au bon fonctionnement de l’ensemble, situés de part et d’autre de la colonne, mais aussi au niveau du bassin et de l’abdomen (abdominaux !).

Les scientifiques comparent le fonctionnement du dos du cheval à celui d’un arc tendu :

  • la colonne joue le rôle de l’arc,
  • les muscles, notamment les abdominaux, jouent le rôle de la corde.

Cela suppose un équilibre constant entre les deux pour pouvoir porter le cavalier et bien fonctionner.

Sans les muscles, l’arc perd la tension et l’équilibre n’est plus là.

Lorsque le système fonctionne, le rachis du cheval est capable de mouvements de flexion/extension verticale et horizontale et de rotation, indispensables à son déplacement notamment au galop, à l’obstacle ou à l’incurvation sur un cercle.

Lésions physiques

De nombreuses lésions peuvent enrayer ce système :

  • La plus fréquente est le conflit de processus épineux.

    Il s’agit de formations proéminentes situées sur la partie supérieure des vertèbres du cheval. On voit que, si elles sont proches et que le dos est trop souvent en extension (creusé), elles vont venir se toucher. Cela entraine des lésions osseuses pouvant être très douloureuses, surtout en région thoracique (sous la selle).

  • Ensuite : les lésions du ligament supra-épineux sont très fréquemment associées aux dorsalgies chez le cheval. Elles peuvent être associées ou non à des lésions osseuses.

  • Il existe aussi de nombreuses arthropathies au niveau des articulations entre les vertèbres ou au niveau des disques intervertébraux, en région thoracique, lombaire ou sacro-iliaque. Ces lésions peuvent être plus difficiles à objectiver en imagerie car ces zones sont plus difficiles à voir en raison de l’épaisseur des muscles qui les recouvrent.

    Parfois, on n’observe que des douleurs musculaires sans lésion visible associée.

Apparition des lésions

L’ensemble de ces lésions peut avoir plusieurs origines :

  • Pour la plupart des lésions osseuses, on a une prédisposition du cheval, liée à sa morphologie et à sa génétique (processus épineux rapprochés, défaut de conformation articulaire…). Un travail du cheval trop jeune, alors que son squelette n’est pas mature, favorise également le développement de lésions ostéo-articulaires.
  • Cependant, le travail du cheval a énormément d’impact sur l’apparition des lésions et leur expression clinique.
  • Le faible développement des muscles abdominaux et le travail trop souvent avec le dos creusé favorisent le rapprochement des processus épineux. A l’inverse, les études biomécaniques du cheval ont montré que lorsque l’encolure s’abaisse, la capacité de flexion de la région thoracique augmente, et ainsi les processus épineux s’écartent.
encolure cheval haute

Flexion thoracique avec l’encolure en position haute

Source : Denoix J.-M. 1999a

encolure cheval basse

Flexion thoracique avec l’encolure en position basse

  • Par ailleurs, l’inadéquation du matériel est aussi une cause de dorsalgies chez le cheval. Une selle peut provoquer des points de pression ou des frottements. Cela explique souvent les contractures musculaires sans lésion associée, mais peut aussi provoquer des lésions osseuses. En effet, un cheval en souffrance se crispe et creuse son dos, aggravant les pathologies sous jacentes.
  • Le poids et le manque d’équilibre du cavalier peuvent aussi être en cause.

Traitements des dorsalgies chez le cheval

Si les lésions doivent bien sûr être soulagées médicalement quand c’est possible, le mode de travail et le matériel doivent être adaptés.

Le cavalier ne doit pas hésiter à se remettre en question et chercher à s’améliorer pour soulager sa monture.

La plupart des lésions ne se guérissent pas. Le traitement du dos consiste principalement à soulager la douleur afin de casser le cercle vicieux et de permettre au cheval de remuscler son dos. L’idée est de « tendre l’arc » de nouveau pour revenir à un équilibre porteur.

Traitement médical

Les traitements sont multiples, chaque vétérinaire choisira celui qui semble le plus adapté au patient et à son activité sportive (délais doping à respecter).

  • Les anti-inflammatoires par voie orale peuvent être utilisés, malheureusement, ils sont souvent peu efficaces sur les dorsalgies chez le cheval et leur action de courte durée.

  • Les infiltrations consistent à injecter des anti-inflammatoires de manière ciblée au niveau des lésions.

  • Elles sont souvent couplées à la mésothérapie. Celle-ci consiste à injecter un anesthésique local (parfois associé à des anti-inflammatoires) dans la peau, donc de manière très superficielle, pour un relargage progressif. L’idée est ensuite de bloquer le signal de douleur venant de structures plus profondes.

  • La perfusion de tiludronate (Tildren) a également montré son efficacité dans une étude sur les douleurs de dos chez le cheval, notamment lors de pathologies articulaires.

  • Les ondes de choc peuvent également être une option thérapeutique. Elles provoquent de microtraumatismes, stimulant la circulation sanguine au niveau des lésions et donc la cicatrisation.

  • La chirurgie peut être une option dans certains cas sévères de conflits de processus épineux, cependant elle reste peu pratiquée et une solution de dernier recours.

Ostéopathie, massages et thermothérapie

osteopathe equin

La manipulation du cheval par un ostéopathe équin peut être conseillée par le vétérinaire pour lever les contractures et soulager les dorsalgies chez le cheval. Elle peut être pratiquée sans problème sur un cheval n’ayant pas de lésions osseuses trop sévères.

En cas d’atteinte articulaire importante, la manipulation doit s’effectuer avec précaution et il est recommandé de la coupler au traitement médical.

Avant le travail, un échauffement musculaire par massage avec des liniments chauffants peut aider le cheval à préparer son dos. Après le travail, un massage relaxant avec un produit apaisant peut permettre de limiter les contractures et courbatures.

Il existe également des couvertures chauffantes ou des solariums pour chauffer le dos du cheval.

Matériel

L’inadéquation de la selle est une des premières causes de dorsalgie. Avant d’imposer son poids au dos de son cheval, chaque cavalier devrait s’assurer que son matériel est confortable pour le cheval.

Une selle adaptée présente une gouttière large bien dégagée, des matelassures épousant le dos du cheval sans point de pression, et surtout elle ne bouge pas (d’avant en arrière notamment). Ce dernier point est souvent négligé, la selle bascule alors à chaque fois que le cavalier se soulève, entrainant d’importants frottements.

Chaque cheval ayant une morphologie différente, la selle ne devrait pas être interchangeable d’un cheval à l’autre, à quelques rares exceptions près.

L’amortisseur est loin de résoudre tous les problèmes. La plupart des modèles utilisés augmentent les points de pressions. Une étude a montré que la seule matière permettant de mieux répartir les pressions est le mouton.

Le travail du cheval

La façon de travailler le cheval est primordiale dans la gestion des problèmes de dos. L’équitation est la cause numéro 1 des dorsalgies, extrêmement rares sur des chevaux non montés.

Le travail à pied est très intéressant pour les chevaux dorsalgiques. Il peut commencer par du stretching puis l’emploi des longues rênes offre de nombreuses possibilités. Il faudra quelques jours au cheval pour s’y accoutumer.

Pour le travail monté, un bon échauffement musculaire est important pour éviter les crispations.

Cet échauffement peut se faire en longe, afin de ne pas mettre de poids sur le dos du cheval à froid.

Comme expliqué précédemment, la position de l’encolure a un rôle important dans la flexion de l’ensemble du rachis.

L’échauffement longé ne devra donc pas être un défouloir, mais bien un travail de poussée postérieure en extension d’encolure, pour favoriser la mise en tension de l’arc formé par la colonne vertébrale. Peu de chevaux adoptent naturellement cette attitude, il existe un grand nombre d’enrênements pour les orienter.

Cependant, l’enrênement ne doit avoir qu’un rôle d’orientation du cheval dans la bonne direction. Certains chevaux ne tolèrent pas du tout les enrênements ou mettent beaucoup de temps à les accepter.

S’il est contraint de force, le cheval se crispe et l’effet est contraire à celui recherché.

cheval en longe

Le travail et l’échauffement en longe ne seront donc pas adaptés à tous les chevaux.

Pour le travail monté, l’échauffement au pas est primordial. Il doit durer au moins 15 minutes, et là encore l’extension de l’encolure et la mise en tension du dos doivent être recherchés. Attention, il ne s’agit pas d’une mise sur la main artificielle avec une encolure arrondie et un dos creux. On ne recherche pas ici une position de dressage et la nuque n’est pas le point le plus haut.

L’échauffement au pas peut comporter des exercices d’incurvation pour assouplir et détendre progressivement le rachis du cheval.

La détente se poursuivra de préférence au galop. En effet, le galop provoque moins de contractions musculaires que le trot. Le cavalier doit se tenir en suspension et éviter au maximum les chocs dans la selle.

Une fois le cheval détendu au pas et au galop, la séance pourra se poursuivre normalement. Un temps sera réservé en fin de travail à l’étirement du dos au pas.

Pour conclure : 

L’adage dit « pas de pied, pas de cheval » mais on pourrait aussi dire « pas de dos, pas de cavalier ». Le dos du cheval est indispensable à la pratique de l’équitation et souffre bien souvent du poids du cavalier, d’un matériel inadapté ou d’un travail mal orienté.

La douleur dans le dos chez le cheval a énormément de répercussion sur son bien être et conduit souvent le cheval à l’agressivité envers son cavalier qu’il associe à la douleur.

C’est donc à celui-ci de tenir compte du fonctionnement du dos de son cheval pour le préserver. Les différentes recommandations données ici pour les chevaux dorsalgiques s’appliquent bien évidemment en prévention sur les chevaux sains.

Références :

  • Desfarges, Marie. La dorsalgie du cheval de saut d’obstacles : conformation, diagnostic, traitements et prévention. Thèse d’exercice, Médecine vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse – ENVT, 2015, 163 p.
  • Credit photos : Equisense, Denoix J.-M. 1999a