Le syndrome métabolique équin (SME)

Cette maladie correspond au syndrome du « gros poney fourbu » mais elle est plus complexe qu’il n’y parait. Comme son nom l’indique, elle est due à un trouble du métabolisme chez le cheval. Même si le mécanisme est encore mal compris, ce syndrome peut être comparé au diabète de type 2 chez l’homme (diabète gras). Tous les chevaux peuvent être atteints même si certaines races présentent une prédisposition génétique. La principale complication du SME est la fourbure, il est donc important de réagir et mettre en place des mesures adéquates avant son apparition.

Symptômes du syndrome métabolique équin

Divers signes cliniques sont rencontrés lors de cette affection :

  • Obésité ou surpoids,
  • Présence de dépôts adipeux (graisse) : localisés (épaules, encolure, passage de sangle, base de la queue, mamelle, fourreau) ou généralisés à l’ensemble du corps,
  • Signes de fourbure chronique (boiterie …),
  • Baisse de fertilité chez les juments,

A noter qu’il ne faut pas confondre le SME avec le syndrome de Cushing.

En effet, ces deux affections présentent des similitudes (maladies hormonales avec modification de la silhouette, fourbure).

Le diagnostic différentiel n’est donc pas forcément évident sur simple observation des symptômes. Néanmoins, l’hirsutisme ne se rencontre que lors du syndrome de Cushing et permet donc de le distinguer du SME s’il est présent. De plus, le syndrome de Cushing ne concerne que les chevaux de plus de 15 ans et entraine plutôt une fonte musculaire avec un gros ventre mais pas de stockage du gras.

A lire aussi : la maladie de Cushing chez le cheval

Les causes favorisant le SME

Les origines de cette affection sont multiples. On peut dire que tout facteur favorisant une obésité ou une accumulation de graisse peut être une cause d’apparition du SME. Ainsi l’obésité peut déclencher le SME et le SME entraine l’obésité. C’est un cercle vicieux.

  • Origine génétique : Certaines races de poneys et de chevaux sont prédisposées. Il s’agit de races dites « rustiques » dont le métabolisme a tendance à favoriser une accumulation des graisses. On peut ainsi citer les races suivantes : Shetland, Haflinger, Fjord, Quarter Horse, races ibériques (PRE, PSL) …

  • Alimentation trop riche en glucides : Il s’agit par exemple d’une ration de concentrés trop importante (excédant les besoins énergétiques du cheval) ou encore d’une alimentation trop riche en herbe grasse que l’on retrouve particulièrement au printemps.

  • Absence d’exercice physique ou exercice insuffisant

Mécanisme du syndrome métabolique équin

Bien que le mécanisme soit encore mal cerné, on sait aujourd’hui que les chevaux atteints de cette maladie sont insulino-résistants, c’est-à-dire résistants à l’insuline.

Chez un cheval normal, le glucose consommé dans l’alimentation passe dans le sang avant d’être absorbé dans les cellules pour être utilisé. C’est une hormone sécrétée par le pancréas, l’insuline, qui permet le passage du glucose dans les cellules.

Chez les chevaux atteints de SME, l’insuline est produite par le pancréas mais ne permet pas de remplir son rôle, et ainsi ne permet pas le passage du glucose dans les cellules. De ce fait, le glucose va s’accumuler dans le sang et une hyperglycémie va alors se mettre en place. De même, l’insuline va également s’accumuler dans le sang en réponse à l’hyperglycémie, entraînant ainsi une hyperinsulinémie.

Diagnostic du SME

Pour cette affection, il n’y a aucun moyen d’effectuer un diagnostic de certitude.

L’hypothèse de SME est fortement probable lorsqu’il y a présence de signes cliniques et modification des paramètres sanguins :

  • Obésité avec dépôts de gras anormaux,
  • Fourbure,
  • Hyperglycémie (attention, l’analyse est peu réalisée en pratique ambulatoire car elle doit être faite immédiatement après le prélèvement et n’est significative que si le cheval est à jeun),

  • Hyper-insulinémie (le dosage de l’insuline se réalise aisément en laboratoire).
obesite cheval
  • En cas de doute, le vétérinaire demandera un dépistage pour la maladie de Cushing (dosage ACTH) et le dosage de l’insuline, afin de trancher entre les deux pathologies.

Si le résultat n’est pas concluant, il est possible de réaliser un test de tolérance au glucose, avec un suivi de glycémie et un dosage de l’insuline avant et après une perfusion de glucose réalisée à jeun.

Chez un cheval normal, la glycémie va augmenter puis redescendre dans les valeurs usuelles une à deux heures après.

Lorsqu’un cheval est atteint de SME, la glycémie reste élevée et ce même plusieurs heures après administration de glucose.

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Traitement du syndrome métabolique équin

Traitement hygiénique

Pour le succès du traitement, les mesures hygiéniques pour réduire l’obésité sont primordiales.

C’est d’autant plus difficile que le cheval est résistant à l’insuline. Sa glycémie reste donc élevée même avec une très faible ration, ce qui explique la lenteur de la perte de poids.

  • Bonne gestion de l’alimentation : diminution de la consommation d’aliments trop riches en glucides. Le pic du SME se situe au printemps et en été lorsque l’herbe est grasse. Il faut donc veiller à réduire le plus possible les sorties au pré voire même garder le cheval au paddock sans herbe.

  • Les aliments trop riches en glucides, comme les céréales, sont à éviter. De ce fait, une alimentation uniquement composée de foin est à privilégier. De préférence, un foin de prairie assez pauvre (pas de foin de crau). Les doses recommandées doivent être inférieures à 1,5% du poids du cheval en matière sèche (soit moins de 9kg de foin par jour pour un cheval de 500 kg). Ces doses sont souvent bien plus faibles au départ en cas de crise de fourbure puis seront à adapter avec votre vétérinaire.

  • Exercice physique régulier et adapté aux conditions de chaque cheval. Le frein à l’exercice est généralement la fourbure. C’est pour cela que le SME est très difficile à traiter une fois la fourbure installée. Sans exercice, le cheval maigrira très lentement malgré un régime strict, souvent difficile à vivre pour son propriétaire. Si le cheval est gravement fourbu, l’exercice sera impossible à mettre en place avant une longue période.

Traitement de la fourbure

fourbure cheval

Il est nécessaire de traiter cette complication avant de remettre le cheval à l’exercice afin d’éviter une aggravation de la fourbure.

Le traitement passe par un régime strict, des soins locaux (cryothérapie), du repos sur litière souple et des anti-inflammatoires. La gestion long terme implique en général de la maréchalerie ou le port de chaussons. Elle varie en fonction des séquelles osseuses éventuelles.

Traitement médicamenteux du SME

  • Un traitement médicamenteux utilisé en médecine humaine est employé chez le cheval actuellement. Il ne dispense en aucun cas du traitement hygiénique essentiel au succès des soins, cependant il pourra potentialiser l’efficacité du régime et limiter les rechutes.
    Il s’agit de la metformine (Glucophage®), une molécule dite anti-hyperglycémiante, permettant donc de faire baisser la glycémie tout en favorisant la sensibilité des tissus à l’insuline.
  • Un traitement à base d’hormones thyroïdiennes pourrait représenter une alternative. Il est à l’étude mais son coût limite d’autant son utilisation.
  • L’ajout d’anti-oxydant à la ration, comme la vitamine C, semble également donner de bons résultats. La complémentation en chrome et magnésium, utilisée chez l’homme a aussi été testée mais sans prouver son efficacité chez le cheval.

Le plus efficace contre le SME reste la prévention de l’obésité, surtout dans les races prédisposées. L’apparition de zones de stockage du gras en excès (chignon, flancs…) doit conduire à la mise au régime chez n’importe quel cheval. Il s’agit de la responsabilité du propriétaire, qui est souvent sensibilisé par son vétérinaire. Le surpoids peut ainsi avoir des conséquences graves chez le cheval et ne doit pas être pris à la légère.

Pour conclure : 

Le syndrome métabolique équin est une maladie endocrinienne favorisée par le surpoids et le manque d’exercice chez le cheval. Ce dernier devient alors résistant à l’insuline, une accumulation de glucose et d’insuline dans le sang apparaît.

La principale complication mais extrêmement grave, est la fourbure. Le diagnostic est à la fois clinique et confirmé par analyses sanguines spécifiques. La prévention de l’obésité est primordiale pour éviter l’apparition de cette maladie, qui est le fléau de nombreux poneys. Une fois l’obésité installée et le syndrome déclaré, il sera extrêmement difficile de faire maigrir le cheval malgré un régime drastique, surtout si la fourbure empêche l’exercice physique.

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Références :

  • Anne Couroucé-Malblanc et Francis Desbrosse. Maladies des chevaux, 2ème édition. Guides France Agricole, 2010. Les troubles du métabolisme glucidique et lipidique, p. 292 – 293.
  • Agnès Benamou-Smith. Syndrome métabolique équin : état des lieux et éléments de comparaison avec l’homme. Pratique Vétérinaire équine, 2007. Vol. 39/ n°154, p. 37 – 41.
  • Isabelle Desjardins. Le chlorhydrate de metformine serait un traitement potentiel de l’insulino-résistance. La Semaine Vétérinaire n° 1365, 2009.