Les parasites digestifs et vermifuges chez le cheval

On désigne sous le terme de « parasites » les êtres vivants qui vivent au détriment d’un autre. Chez les chevaux, on utilise ce terme dans le langage courant pour désigner les vers digestifs, principalement des nématodes (vers ronds), des cestodes et trématodes (vers plats). Il existe également des parasites externes comme les poux ou les tiques, qui ne seront pas traités dans cet article.

Les parasites se multiplient en utilisant l’organisme du cheval, suivant un cycle assez semblable pour la plupart d’entre eux.  Les œufs ou les larves sont dans l’environnement du cheval, qui les ingère pendant qu’il mange. Après migrations diverses dans l’organisme, ces larves se transforment en adultes, qui se localisent dans le tube digestif. Ces adultes produisent alors de nouveaux œufs qui sont rejetés dans le milieu extérieur avec les crottins. Le cycle peut ainsi recommencer.

Les différents parasites chez le cheval

1) Les vers ronds : Nématodes

Vermifuges chez le cheval

Oxyure

Famille des Oxyures (Oxyuris equi)

  • Prévalence : variable. Ils concernent surtout les chevaux en écurie car les œufs se fixent sur les abreuvoirs ou sur les murs.
  • Symptômes : Démangeaisons au niveau de l’anus du cheval car c’est le lieu de ponte des adultes. Les chevaux se grattent la queue, les poils du haut de la queue sont rêches et en épi. Les symptômes digestifs sont rares.

Famille des grands strongles (Strongylus edentatus, Strongylus equinus, Strongylus vulgaris)

  • Prévalence : 1 cheval sur 5 est concerné.
  • S. vulgaris : le plus fréquent des grands strongles.
  • Symptômes :
    • Les vers adultes sont à l’origine de coliques chez le cheval. 
    • Les larves effectuent une partie de leur cycle dans les artères et sont responsables de rupture d’anévrisme, et d’hémorragie. 

Famille des petits strongles (Cyathostomes)

  • Prévalence : 1 cheval sur 3 est concerné. Il existe 50 espèces différentes. Ce sont les parasites les plus fréquents avec les conséquences les plus graves en ce moment.
  • Symptômes : Ils sont la cause principale des diarrhées chroniques du cheval, et peuvent aussi passer inaperçus, en étant juste responsables d’un amaigrissement. Le pronostic vital du cheval peut être engagé.
  • Ils sont résistants à un certain nombre de vermifuges chez le cheval.
petits strongles cheval

 Petits strongles

(credit photo : Hélène Ralda)

Par ailleurs, on notera la notion d’hypobiose pour cette espèce : les larves peuvent s’enkyster dans la muqueuse de l’intestin, il n’y a plus de formation d’adultes ou d’œufs. Cette forme est très difficile à éliminer. Suite à un stress, les larves peuvent sortir massivement de cet état d’hypobiose, et entraîner une baisse de l’état général soudaine et grave. En moyenne, 45% des cyathostomes sont en hypobiose !

parasites-cheval

Ascaris

Familles des Ascaris (Parascaris equorum)

  • Prévalence : 10-20% chez les chevaux adultes, mais plus d’un jeune cheval sur deux !
  • Symptômes : amaigrissement, coliques souvent graves chez le poulain jusqu’à deux ans.

2) Les vers plats : Cestodes

Familles des ténias (Anoplocephala magna, perfoliata)

  • Prévalence : 2 chevaux sur 3 concernés.
  • Cette parasitose concerne les chevaux au pré car le cycle, et donc la multiplication du parasite nécessite la présence d’un acarien de pâturage.
  • Symptômes : diarrhées chroniques, coliques, voire favorise le développement de tumeurs intestinales.

Le diagnostic coproscopique est compliqué, en effet ces vers n’excrètent pas des oeufs mais des segments (une partie du corps du ver va se détacher pour donner naissance à un nouveau parasite).

tenia cheval

Vers plats (« Tenia »)

3) Les insectes (Gasterophilus intestinalis) 

gasterophiles cheval

Gasterophile

  • Prévalence : 1 cheval sur 3
  • Ce sont les œufs de mouches que l’on retrouve en été sur le poil des chevaux. Le cheval se contamine en se léchant. Les larves se fixent au niveau de l’estomac jusqu’à l’été suivant, où elles seront excrétées pour donner des mouches adultes.
  • Symptômes : souvent discrets, ils favorisent le développement d’ulcères gastriques. Les symptômes sont donc ceux des ulcères, coliques sourdes, inconfort après les repas, perte d’état. 

La détection par coproscopie est impossible, sauf en début d’été. Le diagnostic se fait fréquemment lors de dépistage d’ulcères gastriques à la gastroscopie.

Les traitements possibles contre les parasites des chevaux

Il existe de nombreuses molécules utilisées dans les vermifuges chez le cheval. L’idéal est d’alterner et d’effectuer des traitements ciblés selon les parasites présents. Le but n’est pas de débarrasser définitivement un cheval des parasites mais d’éviter les infestations trop importantes. De plus, il est important de rappeler que ces traitements ont une action curative à l’instant où ils sont administrés, mais que leur effet ne se prolonge pas dans le temps. Voici les vermifuges chez le cheval les plus fréquents :

Benzimidazoles :

  • Fenbadazole (Panacur ®)
  • Mébendazole (Telmin ®)
  • Oxibendazole (Vermequine ®)

Cette famille, découverte dans les années 50 a été largement utilisée, mais aujourd’hui on constate une multiplication du nombre de cas de résistances à cette molécule. Ces molécules n’agissent pas sur la forme larvaire, sauf en cas de posologie particulière, donc le cycle des parasites n’est pas stoppé, et reprend rapidement.

Lactones macrocycliques :

  • Moxidectine (Equest ®)
  • Ivermectine (Equimax ®, Eqvalan ®)

Cette famille étant plus récente, il y a moins de résistances à ces molécules, notamment à la moxidectine. On en limitera l’utilisation, pour éviter l’apparition des résistances. Chaque propriétaire est concerné par cet enjeu.

Cette famille agit sur les larves en plus des adultes. Elle agit sur la plupart des parasites, mais pas sur les vers plats : on l’associera alors souvent au Praziquantel.  L’ivermectine est très efficace contre Gasterophilus. La moxidectine a une action contre les larves en hypobiose des cyathostomes.

Dérivés de la pipérazine :

  • Praziquantel (Tenivalan ®)

Il élimine uniquement les vers plats, mais son efficacité est excellente et concerne tous les stades. Il est donc très intéressant pour des traitements ciblés, ou bien en association avec les lactones macrocycliques (présent dans Eqvalan duo®, Equest pramox®…)

Vermifugation sélective

On remarque de plus en plus de résistances des parasites aux vermifuges chez le cheval. En effet, lorsque les parasites sont mis en contact avec une molécule, les sensibles sont éliminés alors que les résistants survivent et se multiplient : il y a alors sélection des individus les plus résistants, qui vont ensuite se reproduire et infester les autres chevaux.

Mais si les parasites ne sont pas en contact avec les molécules pendant un certain temps, les gènes de résistance sont alors « dilués », et la population générale de vers redevient sensible.

Aujourd’hui, on évite donc de traiter tant qu’il n’y a pas de surpopulation, ou d’effet sur le cheval.

La coproscopie permet de quantifier la présence de nématodes adultes chez un cheval, en comptant les oeufs contenus dans le crottin au cours d’un examen microscopique. Cependant certains parasites ne sont pas détectés : les vers plats (Ténias), les gastérophiles, et les cyathostomes en hypobiose.

Pour réaliser une coproscopie, il faut prélever du crottin frais, et le transmettre rapidement à un laboratoire adapté ou à votre vétérinaire. Le plus simple est de le contacter pour qu’il vous conseille directement sur la marche à suivre.

Un plan de vermifugation intéressant consisterait à faire une coproscopie tous les 3 mois, puis à ne traiter que les vers identifiés lors de cet examen.

On peut rajouter à cela une seule vermifugation complète par an (avec une association lactones macrocycliques/praziquantel) afin d’éliminer les vers qui seraient restés inaperçus.

Certains chevaux ne sont pas de bons candidats pour ces plannings de vermifugation :

Pour les chevaux de moins de 2 ans, les chevaux âgés, et les chevaux affaiblis (maladie intercurrente : Cushing,…), il n’est pas recommandé de limiter le nombre de vermifugations. On gardera alors les 4 traitements par an. Les juments gestantes auront aussi un plan de vermifugation particulier, en général on conseille de vermifuger à l’approche du terme puis de placer la jument dans un environnement sain afin de limiter au maximum l’infestation parasitaire du poulain.

A lire aussi : Le syndrome de Cushing chez le cheval

Enfin, le dernier point intéressant est l’action sur le milieu de vie du cheval. Rappelons que c’est le réservoir des œufs et larves des parasites : 90% des parasites s’y trouvent, contre seulement 10% chez les chevaux.

Dans l’idéal, afin de limiter l’infestation des chevaux, il est conseillé :

  • un ramassage hebdomadaire des crottins, au minimum
  • une densité d’un cheval par hectare avec une rotation régulière des pâtures, comprenant la mise au repos d’un an de certaines parcelles.
  • d’éviter les zones marécageuses, favorables au développement des vers, ou au moins assécher certaines mares et herser régulièrement les prés.

Dans la pratique toutes ces mesures ne sont pas forcément réalisables, cependant leur application au moins partielle, diminue fortement la pression parasitaire dans l’environnement du cheval.

Pour conclure, la vermifugation raisonnée est à retenir et à privilégier. En vermifugeant moins souvent et de façon ciblée, on évite le développement de résistances, ce qui permet de conserver des traitements efficaces. De plus cette pratique est financièrement intéressante car la coproscopie n’est pas plus coûteuse qu’un vermifuge. Rappelons que les vermifuges chez le cheval, et de manière plus générale, sont interdits à la vente sans ordonnance (pharmacie, internet…), de façon à préserver leur efficacité ainsi que notre environnement, pour le bien être de tous et surtout des chevaux.

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