L’uvéite chez le cheval

L’uvéite est une des pathologies oculaires les plus fréquemment rencontrées chez le cheval. Elle se caractérise par une inflammation interne de l’œil particulièrement douloureuse et surtout récidivante dans de nombreux cas. S’il existe des traitements, la principale difficulté consiste à éviter les séquelles et rechutes. C’est la première cause de cécité chez le cheval.

Comment reconnaître une uvéite chez le cheval ?

L’uvéite se définit comme une inflammation de l’uvée. Pour comprendre les symptômes, voici quelques notions d’anatomie oculaire…

L’uvée est la partie vasculaire de l’œil, composée de plusieurs structures :

  • L’iris (partie colorée),
  • Le corps ciliaire (qui produit l’humeur aqueuse de l’œil et lui donne sa forme),
  • La choroïde (tunique vasculaire de l’œil).

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Unilatérale ou bilatérale, l’uvéite se présente au départ comme une crise douloureuse aiguë qui peut évoluer vers une expression chronique (uvéite dite récidivante), avec épisodes récurrents d’inflammation intraoculaire entrecoupés d’épisodes de rémission.

Les symptômes varient en fonction de l’intensité de la crise inflammatoire, de son stade d’évolution et de sa localisation dans l’œil.

Cependant, le signe d’appel de l’uvéite est en général la manifestation de la douleur par le cheval avec un œil fermé, très sensible à la lumière.

On peut ainsi observer :

  • Un blépharospasme (contractions des muscles des paupières, maintenant l’œil fermé),
  • Un épiphora (écoulement lacrymal) plus ou moins abondant,
  • Une photophobie (sensibilité à la lumière),
  • Un myosis (pupille serrée),
  • Une modification de la couleur de l’œil qui tire alors vers le rouge voire vers le jaune dans le cas d’un œil bleu.
  • Un œdème cornéen (œil recouvert d’un voile bleu),
  • Un œdème des paupières.

Ces signes peuvent s’accompagner d’une baisse notable de la vision voire d’une cécité dans les cas les plus graves.

Enfin, notamment dans les cas d’uvéites récidivantes du cheval, vous pourrez observer un changement de couleur définitif de l’iris, une cataracte plus ou moins diffuse, une pupille déformée ou une modification de la taille du globe oculaire.

  • Des signes plus généraux, tels qu’une hyperthermie, un abattement ou une anorexie accompagnent parfois ces différents signes oculaires.

Il est à noter qu’à chaque épisode d’uvéite, en plus de la douleur, l’inflammation aggrave l’état de l’œil de l’animal, et engendre de nombreuses séquelles. Cela en fait une maladie préoccupante qu’il ne faut pas prendre à la légère.

Les complications fréquentes de l’uvéite sont la cataracte, le glaucome et, plus rarement le décollement de rétine.

Le cheval évolue ainsi progressivement vers la cécité au fur et à mesure des crises. Plus le temps passe et plus l’œil reste douloureux et inflammatoire, même en dehors des crises. En dehors de la perte de vision, c’est bien souvent la gestion de la douleur qui devient compliquée à long terme, et peut être un vrai cauchemar pour le propriétaire.

Les informations à transmettre à votre vétérinaire

Afin de pouvoir caractériser correctement l’uvéite chez le cheval, le vétérinaire aura besoin d’un certain nombre d’informations précises :

1) La date d’apparition des premiers signes ainsi que les circonstances d’apparition et la potentielle évolution au cours du temps.

2) Si votre cheval a déjà reçu des traitements concernant une précédente uvéite ou tout autre maladie générale.

Toutes ces informations pourront orienter le traitement de l’animal par la suite, notamment si le vétérinaire pose un diagnostic d’uvéite récidivante. La prise en charge devra alors probablement se faire de façon chronique.

NB : Toutes les classes d’âge peuvent être sujettes aux uvéites. Néanmoins, on note que les premières crises sont majoritairement rencontrées chez les 4-8 ans.

Les causes possibles de l’uvéite chez le cheval

Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’uvéite est une inflammation, de très nombreuses causes peut donc la provoquer :

  • Il peut s’agir tout simplement d’une atteinte traumatique, suite à un choc sur l’œil.

  • Elle peut également être présente lors de photosensibilisation, suite à une intoxication par exemple. On observe alors en général un œdème cornéen très marqué des deux yeux, associé à une brûlure du ladre si le cheval en a.

Ces causes-là ne provoqueront en général pas de récidive.

Il est admis, même si ce n’est pas clairement démontré, que l’uvéite récidivante est d’origine immunitaire. C’est à dire que les défenses immunitaires de l’œil se retournent contre lui-même.

Certains chevaux sont génétiquement prédisposés, notamment les Appaloosas.

Des études ont également prouvé qu’une atteinte antérieure par la Leptospirose était une des causes majeures d’uvéite récidivante chez le cheval. Cette maladie, qui peut toucher le cheval sans manifester de signes cliniques ou parfois une simple fièvre, est une infection par une bactérie de la famille des Spirochète.

Cette bactérie est porteuse de protéines qui ressemblent beaucoup à celles de la cornée et du cristallin. L’œil du cheval fabrique des anticorps contre la Leptospirose mais ils vont s’attaquer aussi à l’œil lui-même. Le problème, c’est que ces anticorps sont produits pendant très longtemps, même bien après que la bactérie ait disparu. Traiter la Leptospirose ne résout donc pas les récidives d’uvéite.

Parmi les maladies systémiques pouvant être responsables d’uvéite chez le cheval, on compte également la maladie de Lyme. Le mécanisme n’est pas complètement élucidé. Ces maladies sont loin d’être anodines, il faut donc les traiter le plus précocement possible.

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Une prise en charge qui s’avère parfois complexe

Pendant la crise

La plupart du temps, le cheval recevra uniquement un traitement symptomatique de façon à le soulager.

La prise en charge initiale est établie dans le but de diminuer la douleur et de réduire l’inflammation tout en limitant les séquelles.

Le but sur le long terme est ainsi de préserver les différentes structures de l’œil et la vision. Si cela est possible, on traitera la cause si elle est connue (ce qui est rarement le cas). Un traitement efficace est un traitement précoce : c’est pourquoi la reconnaissance des différents signes annonciateurs de l’uvéite est primordiale.

Le traitement de la crise sera long, reposant principalement sur l’utilisation de mydriatiques (collyres permettant de dilater la pupille) et de collyres anti-inflammatoires à base de corticoïdes.

En cas de lésion de la cornée associée (ulcère), le vétérinaire devra remplacer les corticoïdes par des immunomodulateurs associés à des antibiotiques. La guérison sera alors d’autant plus longue.

masque uveite cheval

Il faudra si possible mettre le cheval dans le noir le plus complet possible le temps du traitement.

Le port d’un masque coqué est très efficace en cas d’atteinte unilatérale.

Il permet de garder l’oeil atteint dans le noir et d’empêcher le cheval d’aggraver les lésions en se grattant. En effet les démangeaisons liées à la douleur sont fréquentes.

Gestion long terme des récidives

L’uvéite récidivante du cheval est plus compliquée à gérer à long terme. En effet, les récidives sont dues à une dysfonction immunitaire qui est difficile voire impossible à soigner définitivement. L’emploi des corticoïdes par voie locale est contre-indiqué à long terme car ils entraînent une dégénerescence de la cornée. Les rechutes seront alors inévitables, même si on a pu traiter la cause primaire. Ainsi, le pronostic de l’uvéite sera toujours plus ou moins réservé à mauvais pour une uvéite récidivante.

La moindre agression de l’œil peut déclencher une crise. De nombreuses mesures hygiéniques permettront de limiter au maximum les récidives :

  • Port d’un bonnet antimouches avec une protection anti-UV,
  • Limitation au maximum de l’exposition au vent et aux poussières.

Cependant, la chirurgie oculaire chez le cheval a énormément progressé ces dernières années. Ainsi, deux techniques semblent prometteuses dans l’optique d’une augmentation des chances de conserver la vision sur le long terme :

  • La pose d’implant de cyclosporine :

    Il s’agit d’insérer au niveau de la sclère, un implant permettant de libérer en continu un immunosuppresseur. Cela va permettre de réduire significativement le dysfonctionnement immunitaire de l’œil. Cependant, on considère que l’efficacité est limitée à 2 ou 3 ans. Cette technique a notamment fait ses preuves pour les chevaux prédisposés génétiquement.

  • La vitrectomie :

    Il s’agit d’aspirer le corps vitré inflammatoire de l’œil afin de supprimer les anticorps anti-leptospire et donc la réaction immunitaire. Cette technique permet de prévenir environ 90% des récidives chez les chevaux et de préserver la vision, à condition d’être pratiquée suffisamment tôt.

Pour certains cas désespérés, on pourra réaliser une énucléation si l’atteinte est unilatérale. Elle permettra au moins d’offrir du confort à l’animal en enlevant l’œil source de douleur.

Pour conclure : 

L’uvéite chez le cheval est un syndrome fréquemment observé et pourtant sa prise en charge reste encore à l’heure actuelle compliquée. La cause exacte reste souvent inconnue, et même si l’élément de départ est identifié, cela ne change pas la difficulté à prévenir les récidives. De plus, même une crise unique peut avoir des séquelles irréversibles, si elle n’est pas prise à temps. Enfin, les épisodes récurrents d’uvéite sont les plus préoccupants car ils entrainent une dégradation des structures de l’œil sur le long terme et une baisse progressive de la vision.

Néanmoins, les résultats des dernières méthodes chirurgicales sont très encourageants, bien que ces techniques invasives ne soient que peu pratiquées à l’heure actuelle.

Références :

  • BEGON, Elisabeth, Judith. « Progrès dans le traitement des uvéites récidivantes du cheval: étude bibliographique ». ENVA, 2003.
  • FARFAN, Maëlle. « Etude bibliographique et rétrospective sur la prise en charge de l’uvéite équine ». VetAgro Sup, 2014.
  • GOUACHE, Jeanne, Hélène, Gisèle. « L’uvéite récurrente équine: actualités bibliographiques ». ENVT, 2009.