Le headshaking

Aussi appelé encensement, le headshaking est une pathologie du cheval représentant un véritable challenge diagnostique. Il se caractérise par des mouvements de tête dans des directions variées, d’amplitude et d’intensité variables et un comportement anormal du cheval le rendant difficile voire dangereux à la monte.

Maladie semblant posséder un caractère saisonnier, elle peut être à l’origine de litiges lors de visites d’achat. De part l’inconfort pour le cheval, la gène pour le cavalier et le coût qui en découlent, le headshaking ne doit pas être pris à la légère. D’autant plus que l’on remarque fréquemment une diminution de la qualité de la relation entre le cheval et son cavalier ainsi qu’une perte de l’utilisation de l’animal associée.

Voici quelques clefs pour mieux comprendre cette pathologie mystérieuse.

Qu’est-ce que le headshaking ?

Les manifestations du headshaking semblent être dues à une irritation naso-faciale.

Les signes cliniques les plus souvent observés sont :

  • Balancements et secouements de tête sur un plan majoritairement vertical, mais aussi horizontal ou circulaire,
  • Frottements de nez,
  • Eternuements et ébrouements excessifs ainsi que du jetage nasal,
  • Certains chevaux présentent de plus une sécrétion de larmes augmentée, un port de tête anormal ou encore une toux,
  • Une autre caractéristique décrite chez certains chevaux serait un évitement de la lumière.

Cette affection, relativement peu alarmante dans ses caractéristiques cliniques ne doit néanmoins pas être prise à la légère.

Elle peut transformer le travail du cheval en véritable calvaire pour lui comme pour son cavalier.

Dans certains cas, elle est tellement sévère que le cheval peut réellement se blesser, en plus d’être dangereux pour son entourage.

Encensement idiopathique ou véritable affection nerveuse ?

Le plus souvent on parle d’« encensement idiopathique » (idiopathique = dont la cause est inconnue).

En effet, pour la majorité des chevaux présentant du headshaking, la cause reste mystérieuse et le diagnostic seulement en partie établi. Cette affection est ainsi très frustrante, tant pour le propriétaire de l’animal que pour son vétérinaire.

Plusieurs hypothèses ont néanmoins été soulevées :

  • Stéréotypie (tic comportemental),
  • Asphyxie partielle lors de l’exercice,
  • Rhinite allergique,
  • Névralgie avec atteinte du nerf trijumeau (un des 12 nerfs crâniens). C’est cette dernière qui est à l’heure actuelle prépondérante. 
nerf trijumeau cheval

Les nombreuses ramifications du Nerf Trijumeau (3 rameaux principaux : le Nerf maxillaire, le Nerf mandibulaire et le Nerf ophtalmique, qui donnent chacun plusieurs rameaux)

Le nerf trijumeau assure l’innervation sensitive de la face.

Il a été démontré que les chevaux souffrant de headshaking présentent une hypersensibilité trigéminale (du trijumeau) sans lésion identifiée associée.

Ainsi, le cheval perçoit un stimulus, même mineur, de ce nerf, comme une douleur. La cause sous-jacente de cette hypersensibilité reste à ce jour inconnue.

Cependant, les chercheurs ont mis en évidence plusieurs facteurs de risque suite à des études réalisées sur des populations de chevaux atteints :

  • Des facteurs liés à l’individu : l’âge moyen d’apparition est de 5 à 9 ans. Les hongres semblent les plus touchés et principalement les Pur-Sangs. On suspecte donc un rôle joué par le tempérament nerveux du cheval dans l’exacerbation des signes cliniques.
  • Des facteurs impliquant le travail du cheval : l’intensité des signes cliniques semble corrélée avec la durée et l’intensité de l’exercice. Les signes cliniques apparaissent en effet le plus souvent 5 à 10 minutes après le début de l’effort. Aucun lien n’a été clairement établi avec le mode de vie du cheval.
  • Des facteurs liés à la saison : chez 60% des chevaux atteints, le headshaking est saisonnier. Les signes cliniques sont observés majoritairement du printemps à l’automne avec une rémission pendant l’hiver.
  • Des facteurs liés à l’environnement : si l’alimentation et le logement du cheval ne semblent pas influencer l’expression clinique, on note néanmoins une amélioration chez une majorité des chevaux à l’intérieur (montés en manège).
    Le travail dans des zones à la végétation dense ou avec la présence de moucherons entraîne une accentuation des signes. De plus, certaines études ont démontré une influence de la lumière : une détérioration de l’état clinique serait observée lors de journées ensoleillées.

Cependant, on ne peut pas généraliser : certains chevaux présenteront ce syndrome même au box.

headshaking printemps cheval
  • Les chercheurs ont comparé cette pathologie avec les névralgies du nerf trijumeau existant chez l’homme.

Ainsi, les personnes atteintes décrivent des douleurs aiguës, localisées sur la face, des sensations de brûlure, de décharges électriques. Cela va dans le sens des symptômes décrits par les propriétaires de chevaux.

Cependant, si les études ont démontré l’hypersensibilité du nerf trijumeau chez le cheval, aucune lésion du nerf n’a pu être mise en évidence, même lors d’autopsie. De nombreux chevaux présentent des périodes de rémission, notamment en hiver. Cela semble indiquer qu’il s’agit uniquement d’une dysfonction du nerf et non d’une lésion physique.

Ces avancées dans la recherche permettent de positiver quant à la découverte possible d’un traitement efficace, les chevaux ne présentant aucune atteinte irréversible.

Le traitement du headshaking

Chez les chevaux présentant le headshaking « idiopathique », les traitements sont longs et présentent une efficacité variable. L’affection étant à caractère chronique, le coût de la prise en charge est non négligeable.

De plus, la plupart des chevaux souffrant de headshaking seront pris en charge de façon non curative car le diagnostic de certitude est rarement établi. Aucun traitement ne semble actuellement efficace pour guérir l’hypersensibilité associée au nerf trijumeau. Au mieux, le traitement pourra la soulager temporairement.

Voici ci-dessous un tableau présentant différents exemples de traitements possibles contre le headshaking, leur efficacité et effets indésirables éventuels.

TRAITEMENTEFFICACITÉ SUR LE HEADSHAKINGEFFETS INDESIRABLES POSSIBLES
Filets de nez (nose-net)Réduction du headshaking chez environ 50-70% des chevaux traitésPanique, irritation des muqueuses
Masque facialRéduction du headshaking chez environ 50% des chevaux traitésVision réduite, stress
Carbamazepine (sur prescription vétérinaire)Réduction du headshaking très variable allant de 0 à 90% des chevaux traitésInterdit en compétition. Ce médicament est un neurotrope, utilisé en traitement de l’épilepsie, qui diminue la sensibilité nerveuse.
Antihistaminiques (sur prescription vétérinaire)Réduction du headshaking très variable allant de 0 à 30% des chevaux traitésSédation, interdit en compétition
Corticoïdes (sur prescription vétérinaire)Réduction du headshaking très variable allant de 0 à 15% des chevaux traitésFourbure, interdit en compétition
MagnésiumRéduction du headshaking chez 47% des chevaux traitésAucun
Névrotomie du nerf infraorbitaire (Chirurgie)NON RECOMMANDÉEDouleur vive, récidive de headshaking, traumatisme auto-infligé
Implantation d’une bobine de platine (Chirurgie)Chirurgie réalisée uniquement en dernier recours sur cas extrême, avec un succès de 50% (plusieurs chirurgies peuvent être nécessaires)Récidive de headshaking, traumatisme auto-infligé
Acupuncture (Spécialiste)Réduction du headshaking chez 16% des chevaux traitésAucun

Des produits naturels à base de plantes apaisantes ont pu améliorer le confort chez certains chevaux sujets au headshaking.

L’Université de Bristol a récemment élaboré un nouveau traitement, suite aux études montrant une hypersensibilité réversible du nerf trijumeau chez les chevaux atteints.

Celui-ci repose sur une stimulation électrique du nerf, qui pourrait diminuer sa sensibilité sur quelques mois.

Néanmoins, le manque de recul actuel sur cette méthode ne permet pas de conclure à son efficacité sur le long terme. De plus, peu de cliniques vétérinaires la pratiquent pour l’instant. C’est cependant une piste prometteuse, d’autant qu’elle est basée sur des résultats concrets concernant la cause du headshaking.

En effet, ce type de stimulation permet d’augmenter le seuil d’activation des nerfs, or ce seuil est trop bas chez les chevaux atteints. C’est le même type d’effet recherché qu’avec les traitements à base de Carbamazepine mais uniquement ciblé sur le nerf incriminé.

Pour conclure : 

Le headshaking est une pathologie du cheval dont la cause exacte est encore inconnue, même si on a démontré l’implication d’une hypersensibilité du nerf trijumeau. Cette affection se caractérise par des mouvements de tête intempestifs ainsi que d’autres signes tels que les frottements de nez et les éternuements.

A caractère saisonnier, les signes cliniques associés au headshaking peuvent entrainer un véritable changement de comportement chez le cheval qui peut engendrer une dégradation importante de la relation avec son cavalier et parfois une impossibilité de monter le cheval au travail comme en balade.

A l’heure actuelle, aucun traitement n’a réellement prouvé son efficacité. Les recherches en cours se portent sur un moyen de contrer l’hypersensibilité du nerf trijumeau, à l’aide d’un traitement par électro-stimulation prometteur qui pourrait avoir un réel intérêt, pour les chevaux comme pour leurs propriétaires.

Références :