Rubrique : Orthopédie

Tendinite du fléchisseur superficiel du doigt du cheval

Tendinite du fléchisseur superficiel

Pathologie très fréquente, la tendinite du fléchisseur superficiel représente 46 à 53% des lésions musculosquelettiques du cheval. C’est une inflammation, en général, avec une rupture d’une partie des fibres tendineuses qui peut parfois aller jusqu’à la rupture totale du tendon (le claquage). Parfois très longue à soigner, elle présente aussi un taux de récidive élevé, mais qui diminue nettement si l’affection est bien traitée. C’est pourquoi, nous verrons que la rééducation que vous pourrez envisager pour votre cheval, sera déterminante dans sa guérison à long terme.

Comment reconnaitre une tendinite chez le cheval ?

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Cliquer sur la photo pour agrandir. Credit photo : 1cheval.com

Avant tout, il faut un minimum d’anatomie pour comprendre de quoi il s’agit.

Le tendon fléchisseur superficiel est la continuité du muscle fléchisseur superficiel du doigt, et est également rattaché à l’avant-bras par la bride radiale, située au-dessus du carpe.

Cela en fait l’équivalent d’une corde élastique reliant le pâturon (deuxième phalange) et l’arrière de l’avant-bras (radius), en passant sous le boulet.

En cas de tendinite, c’est généralement la partie située au niveau du canon qui est touchée.

Cette pathologie est évolutive. La plupart du temps, le cheval passe tout d’abord par une phase préclinique, sans aucune boiterie. Et pourtant, les fibres du tendon sont alors déjà en pleine dégénérescence !

Lors de la phase clinique, dite phase aiguë, on a une inflammation qui se déclare, l’arrière du canon est généralement chaud, douloureux et gonflé.

Ces signes cliniques sont en réalité la conséquence de la première phase du mécanisme de cicatrisation tendineuse : la phase inflammatoire. Le cheval boîte, le plus souvent à chaud, et il s’améliore avec le repos.

  • Il peut y avoir des tendinites chroniques, avec une phase clinique discrète, assez insidieuse, et une boiterie intermittente. L’inflammation n’est pas toujours visible, mais le tendon s’épaissit progressivement.
  • On observe également des tendinites aigues, suite à un effort violent. La boiterie est soudaine et plus intense, associée à un gonflement beaucoup plus sévère. 

Le diagnostic est souvent guidé par la déformation des tendons apparue brutalement ou par la sensibilité locale à la palpation. Le vétérinaire pourra confirmer la lésion et donner un pronostic grâce à l’échographie. Cet examen permettra également de suivre la guérison du cheval.

Quelles sont les causes de la tendinite du fléchisseur superficiel ?

La plupart des tendinites chez le cheval sont liées à l’effort, cependant une tendinite peut aussi être causée par un facteur traumatique, comme une lacération. Cela arrive par exemple lors d’accidents avec un fil de clôture au pré.

Les tendinites d’effort vont être favorisées par un certain nombre de facteurs.

1) Les facteurs extrinsèques sur lesquels le cavalier peut influer :

cheval à l'effort
  • Un sol trop profond : dans ce cas le cheval va forcer sur son tendon pour galoper. Il y aura une hyperextension du boulet néfaste pour le tendon.

  • Un surentrainement : les tendons fléchisseurs sont extrêmement sollicités lors du travail de l’animal, il faut savoir adapter le travail, ni trop, ni trop peu. En effet, un cheval en bonne condition physique risque moins une tendinite aiguë qu’un cheval sans entrainement. Mais l’excès de travail intensif est une cause majeure de tendinites chroniques.

  • Une ferrure ou un parage mal adaptés. Notamment trop longue, la ferrure entraine des contraintes importantes sur le tendon fléchisseur profond. Un cheval doit être referré toutes les 6 semaines environ et ne doit jamais dépasser deux mois de ferrure pour travailler.

  • Des guêtres ou bandes trop serrées.

2) Enfin, des facteurs intrinsèques, propres au cheval, peuvent rentrer en cause :

  • De mauvais aplombs, notamment un cheval long et bas jointé, vont augmenter les forces qui s’exercent sur les tendons.

  • Le poids du cheval va augmenter le risque, les chevaux trop gras mais aussi de constitution plus lourde sont plus touchés.

  • Fatigue des fibres : la tendinite est une maladie cyclique. Les fibres se fatiguent et se détériorent à une vitesse propre à chaque animal. Plus les chevaux vieillissent, plus le risque de tendinite est élevé et les risques de récidives augmentent par la suite.

« Bien souvent, la tendinite sera le résultat d’une accumulation de fatigue, de stress et de surentrainement. »

La fréquence de cette affection augmente donc avec l’âge et le niveau d’activité de l’animal.

  • Les poneys présentent plus rarement des tendinites que les chevaux. Les membres antérieurs sont plus affectés que les postérieurs car ils soutiennent la majorité du poids du cheval.

Le saviez-vous ? Pourquoi le tendon fléchisseur est-il plus particulièrement touché ?

Les tendons fléchisseurs sont très sollicités pendant la locomotion : ils assurent un positionnement correct du membre. Le tendon fléchisseur superficiel du doigt est affecté dans 93% des cas de tendinites au niveau du canon. En revanche le fléchisseur profond est rarement affecté. Ceci vient du fait que lors de la locomotion, le tendon fléchisseur superficiel du doigt va absorber l’énergie produite pendant la locomotion. Sa température peut alors augmenter jusqu’à 45°C !

Quels sont les traitements pour soulager la tendinite du fléchisseur superficiel ?

Le traitement de la tendinite chez le cheval comprend plusieurs dimensions. En effet, se contenter d’un repos strict ne suffira pas et sera même à l’origine de récidives (76%).

Le traitement médical

Il repose sur l’administration d’anti-douleur et anti-inflammatoires au cheval pour le soulager. Cependant, la douleur ne devra pas être totalement supprimée, car il est important que l’animal ne surcharge pas son membre, si on veut s’assurer d’une guérison rapide.

  • Les soins locaux :

Dans un premier temps, on appliquera plutôt du froid sur le membre afin de diminuer la douleur et l’inflammation. Cela peut être associé à un antiphlogistique ou une bande de soutien (bande de repos avec un bon rembourrage) pour limiter l’engorgement.

Dans un deuxième temps, l’application de vésicatoire (produit chauffant) est souvent conseillée pour stimuler la cicatrisation tendineuse.

La ferrure orthopédique

La ferrure pourra être adaptée afin de soulager le pied du cheval. Par exemple, lors d’une tendinite du tendon fléchisseur superficiel, il faudra mettre en place un fer bien équilibré, avec une pince plutôt couverte et des branches minces.

Cela va favoriser l’enfoncement des talons dans le sol, les forces s’exerceront alors en priorité sur le tendon fléchisseur profond (perforant), soulageant le superficiel.

sol cheval

Le traitement chirurgical

Il n’a de sens que s’il est réalisé très précocement lors d’apparition des premières lésions. Il consiste en la réalisation d’incisions longitudinales dans le tendon afin de favoriser la vascularisation de la région lésée. On appelle cela un styletting. Son utilité est aujourd’hui assez controversée, et il est réservé à des cas bien particuliers.

Autres types de traitement

Il existe aussi d’autres types de traitements qui visent à injecter des substances telles que des facteurs de croissance ou des cellules-souches au début de la phase de réparation du tendon. Ainsi, on attend une quinzaine de jours que l’inflammation passe, puis on réalise une première injection 15 à 45 jours plus tard. Le but est de diminuer l’inflammation et de stimuler la régénération tendineuse.

Des thérapies au laser ou aux ondes de choc ont également vu le jour.

S’ils ne font pas de mal, l’efficacité de ces traitements est aujourd’hui controversée, notamment dans la prévention des récidives.

L’exercice

Dans tous les cas, le cheval doit évidemment rester au repos strict pendant une durée à déterminer par votre vétérinaire, en général au moins un mois. En cas de boiterie sévère, il faudra surveiller le membre opposé qui sera utilisé en support jusqu’au rétablissement de l’animal. On pensera bien sûr à adapter la nourriture en vue de la diminution de l’activité physique : il n’est pas question de laisser le cheval prendre du poids, ce qui pourrait aggraver son état !

La rééducation est très importante. La reprise progressive du travail est préconisée.

Attention !

Suite à la phase aiguë de la tendinite (durant laquelle le membre est gonflé et douloureux), le tendon lésé subi une phase de réparation puis de maturation. Cette dernière peut durer jusqu’à deux ans si la lésion est grave. Lorsqu’elle est atteinte, le cheval ne boîte plus, trotte bien, mais en réalité, les fibres ne sont pas encore assez solides ! Il est donc fondamental que la reprise soit progressive.

La rééducation sera faite suivant les consignes du vétérinaire et sous son contrôle, avec différentes étapes clés. Il y a en général 4 étapes :

1) Marche au pas sur sol dur

2) Trotting fractionné (pas et trot de courte durée alternés) avec augmentation progressive de l’exercice sur sol dur/ferme.

3) Rééducation au petit galop en ligne droite sur sol ferme.

4) Reprise progressive de l’entrainement (obstacle, course…)

Les durées sont variables et déterminées par le vétérinaire. Les terrains profonds sont à proscrire durant toute la rééducation et fortement déconseillés par la suite pour éviter toute récidive.

Pour conclure :

La tendinite doit être considérée comme une lésion sérieuse même si elle est légère. En effet elle peut être suivie d’un arrêt total de la vie sportive de votre cheval. Le tendon pourra mettre jusqu’à 2 ans pour cicatriser totalement.
Aujourd’hui le pronostic est souvent bon. Il dépendra principalement de l’âge de votre cheval, du degré de la lésion et du nombre de structures affectées. Mais aussi d’éventuels précédents épisodes de tendinites, du traitement choisi et enfin de la rééducation. Cette dernière est d’une importance cruciale : mal exécutée, elle sera à l’origine de nombreuses récidives qui fragiliseront d’autant plus les tendons de l’animal. A terme ses capacités sportives pourront être affectées.

Références :

  • CUEVAS, G. « La tendinite chez le cheval ». ENVT, 9 novembre 2015.
    LAMY, Antoine. « Approche de la physiothérapie des tendinites chez le cheval – Comparaison entre médecine humaine et médecine vétérinaire ». ENVL, 2004. ENVT.
  • LAUNOIS, Thomas, Roland PERRIN, Jean-Marie DENOIX, et Camille DELFINE. Guide pratique d’orthopédie et de chirurgie équine. MED’COM. Vol. 1. 1 vol. Guide Pratique. Paris, 2012.
  • TERZIAN, Anne-Laure. « Traitement des tendinites du tendon fléchisseur superficiel du doigt du membre thoracique chez le cheval ». ENVL, 2003.