sabot du cheval : anatomie, pathologies et soins

Chez le cheval, le sabot est une structure complexe. Un pied en bon état a bien sûr une importance considérable dans la locomotion, mais les atteintes sévères du pied peuvent même impacter son espérance de vie. En effet, à la différence de nombreuses autres espèces, le cheval ne peut vivre sans un bon appui sur chaque membre, d’où le célèbre dicton « pas de pied, pas de cheval ! ».

Les sabots supportent l’ensemble du poids du cheval et sont soumis aux différentes contraintes du sol, de l’activité du cheval, et des agressions extérieures.

  • Au sommaire :

Anatomie du pied et de la boite cornée
Différentes pathologies
Soins des pieds et prévention

Anatomie du pied du cheval et de la boite cornée

A l’intérieur du sabot du cheval, le membre et sa structure anatomique se poursuivent. On y retrouve donc bien sûr l’os de la troisième phalange, ainsi que l’os naviculaire et les tendons et ligaments qui correspondent.

Cette partie de l’anatomie est plus détaillée dans notre article sur le syndrome naviculaire, qui concerne plus les structures internes du pied.

A la place de la peau, un système protecteur et amortissant englobe le tout : il s’agit de la boite cornée.

Elle est constituée d’une paroi rigide (paroi), avec des lamelles de corne (kéraphylle) qui viennent s’imbriquer dans les lamelles d’une paroi de chair (podophylle).

pied cheval

Credit photo : © N. Genoux

Sous le pied, on retrouve la paroi à l’extérieur, séparée de la sole par la ligne blanche. Au centre, la fourchette est une structure constituée d’une corne plus souple qui rejoint la peau en talon avec ce qu’on appelle les glômes.

La corne est fabriquée par le bourrelet périoplique situé entre la couronne et le sabot du cheval.

Cette boite cornée joue à la fois un rôle :

  • Protecteur des structures internes du sabot du cheval,

  • De soutien pour porter son propre poids,

  • D’amortissement, indispensable à la bonne locomotion du cheval.

Elle doit donc être suffisamment solide pour protéger le pied des agressions extérieures (cailloux, clous, humidité, bactéries…). Toute fissure ou ramollissement du sabot du cheval est un point d’entrée potentiel pour les germes.

Son aplomb est primordial pour garantir un support équilibré au membre du cheval.

Ainsi un mauvais parage a des conséquences sur l’ensemble des articulations du cheval en modifiant ses appuis.

Par ailleurs, une zone douloureuse au niveau du pied entraine inévitablement une boiterie, qui peut être sévère car c’est sa première structure d’appui.

Enfin, un problème au niveau des talons et de la fourchette, peut entrainer une boiterie ou du moins une  baisse de performances car ce sont les principales structures intervenant dans l’amortissement lors des foulées du cheval.

Cela arrive à un âge variable selon le vécu du cheval et sa race. Plus l’activité sportive du cheval aura été intensive et précoce, plus son organisme risque de montrer des signes de vieillissement tôt.

Les poneys et les ânes sont souvent plus rustiques et vivent plus vieux.

Différentes pathologies de la boite cornée du cheval

Bleimes

La bleime est une contusion de la sole, c’est l’équivalent d’un hématome mais dans le sabot du cheval. Elle est généralement traumatique (caillou) mais peut aussi résulter d’une surpression liée à un problème d’aplombs ou de parage. Parmi les causes favorisantes, on retrouve principalement : des talons et une sole plats, des fers à crampons, la fourbure…

Elle peut être assez difficile à identifier. Elle provoque rarement une grosse boiterie, plutôt un inconfort du membre concerné, plus marqué sur sol dur, en particulier caillouteux. On peut observer, surtout sur une corne claire, une tache rosée.

Elle peut évoluer en abcès de pied (poche de pus dans le sabot), surtout si la sole est fissurée ce qui favorise l’entrée de germes.

Elle se soigne principalement avec du repos. Le maréchal peut être amené à la drainer mais c’est rarement nécessaire sauf si un abcès se forme. Des cataplasmes à base de graines de lin peuvent avoir une action drainante et apaisante et soulager ainsi le cheval.

Des plaques peuvent permettre de soulager la sole et éviter les récidives, en plus de corriger la cause si elle n’est pas traumatique.

Abcès de pied

Il s’agit d’une poche de pus qui se développe dans le sabot. Pour plus de détails, sur les causes, symptômes et traitement, nous vous invitons à lire la fiche maladie complète en lisant cette fiche maladie.

En savoir plus sur les abcès de pied chez le cheval

Fourmilière 

Il s’agit d’un décollement au niveau de la ligne blanche, entre la paroi du pied et la sole, et qui remonte vers la couronne. Cela entraine une entrée d’air et de germes entre la paroi cornée et le podophylle (chair).

Parmi les causes, on retrouve généralement :

  • Un pied mal entretenu et trop long,
  • Un abcès non détecté qui remonte vers la couronne,
  • Une seime,
  • Une mauvaise qualité de la corne,
  • La fourbure

Elle ne provoque le plus souvent pas de boiterie, parfois une gène chez le cheval de sport, c’est généralement une découverte au parage ou à la radiographie. Cette dernière est indispensable au diagnostic et permet d’évaluer l’importance de la fourmilière.

Le traitement passe par un débridement (on retire la corne abîmée) lors du parage pour mettre la zone de décollement à l’air. On applique ensuite des soins locaux et antiseptiques.

Seule la pousse d’une corne saine permet de faire disparaître la fourmilière, la guérison est donc très longue.

Seime

La seime est une fente verticale dans la paroi du sabot du cheval. Dans la plupart des cas elle part de l’extrémité de la corne et remonte, mais elle peut parfois partir de la couronne. Dans les cas, les plus sévères elle prend toute la longueur du sabot.

Elle est le plus souvent liée à :

  • Un manque d’entretien du pied et à une corne trop sèche,
  • La conséquence d’une surpression (seimes en talons),
  • Un traumatisme de la couronne (seimes descendantes).
seime cheval

Les seimes simples ne remontant pas jusqu’en couronne se traitent en barrant la corne au dessus. Le maréchal crée un sillon perpendiculaire pour empêcher la corne de se fissurer plus haut. Pour les cas plus sévères, surtout lors de surpression, il faut essayer de supprimer l’appui sur la zone touchée. Cela passe par un parage voire une ferrure adaptée, comme par exemple un fer en queue d’aronde pour soulager la paroi en talons.

Des agrafes peuvent être posées pour limiter l’écartement de la seime, surtout si elle est totale.

Crapaud et fourchette pourrie chez le cheval

Les deux peuvent se ressembler, et il est parfois difficile de les distinguer, mais le crapaud est beaucoup plus grave et long à traiter.

La fourchette pourrie est liée à un excès d’humidité qui entraine un ramollissement de la fourchette du cheval. Celle-ci s’abîme, se fissure, se décolle… Cela peut entrainer une infection, notamment des abcès sous la fourchette. Elle se soigne cependant facilement avec des soins locaux à partir du moment où l’on met le cheval au sec.

Le crapaud est quant à lui une infection du pied, généralement causée par des germes anaérobies. La fourchette est la première touchée, elle prend un aspect gris et « pourri », mais le tissu est sensible et saigne facilement. L’infection s’étend ensuite aux tissus environnants (sole, talons, glomes…).

Le traitement est long et fastidieux.

Il nécessite souvent une collaboration entre maréchal et vétérinaire, la pose de fers avec plaques de traitement (qui se dévissent) pour réaliser les soins locaux ainsi qu’un traitement par voie générale. Selon le stade du crapaud et le nombre de pieds touchés, cela peut durer plusieurs mois.

Le cheval est souvent inconfortable sans être franchement boiteux, mais sa locomotion est d’autant plus difficile à évaluer que souvent plusieurs pieds sont touchés.

Clou de rue

Il s’agit d’une expression pour désigner une atteinte traumatique du pied par un objet pointu généralement métallique (clou, fil de fer…) qui va pénétrer dans le pied en perçant la sole ou la fourchette.

Selon la profondeur et la localisation de la blessure, les conséquences peuvent être très variables. Une atteinte superficielle n’aura que peu de conséquences, au pire un abcès de pied, tandis qu’une atteinte profonde mal placée peut engendrer une infection osseuse, articulaire ou tendineuse.

La meilleure chose à faire quand on trouve un clou planté profondément dans le pied d’un cheval est d’appeler le vétérinaire avant de le retirer.

Celui-ci pourra faire une radio avec le corps étranger en place, et ainsi gérer les éventuelles complications plus rapidement.

La fourbure est une pathologie de pied complexe et très particulière, vous pouvez retrouver une fiche détaillée en suivant le lien ci-dessous

En savoir plus sur la fourbure chez le cheval

Soins des pieds et prévention

Pour la plupart des pathologies décrites ci-dessus, des soins de pieds réguliers et adaptés sont le meilleur moyen de prévention. Même si certaines restent inévitables et liées à des incidents indépendants de la volonté du propriétaire, un entretien quotidien permet cependant un dépistage plus rapide du problème et une meilleure prise en charge.

Maréchalerie 

Sans rentrer dans le débat de la ferrure vs pied nu, les deux ayant leurs adeptes et leurs arguments, le cheval doit être suivi régulièrement par un professionnel, pareur ou maréchal.

marechal ferrant

S’il est ferré, la fréquence recommandée est toutes les 6 à 7 semaines, 8 semaines étant un maximum à ne pas dépasser.

S’il est simplement paré, les visites peuvent être plus espacées, mais il ne faut pas attendre que le pied soit cassant ou trop long.

Il faut bien sûr s’adapter à la pousse du pied, qui varie selon le cheval et les saisons.

Le pareur ou le maréchal pourront repérer d’éventuels problèmes et vous conseiller sur les soins à prodiguer en fonction du pied de votre cheval.

Soins locaux

La base consiste à curer les pieds de votre cheval au quotidien.

Cela permet de vérifier l’absence de corps étranger (cailloux, clou, bout de bois…) coincé qui pourrait le gêner, et de s’assurer que le pied est sain.

Vous pouvez ensuite appliquer un soin, celui-ci peut être nourrissant, asséchant, assainissant, selon les besoins du cheval.

Il est important de nourrir régulièrement la corne du pied du cheval en entretien. Sur de « bons pieds », sans problème particulier, un soin nourrissant hebdomadaire est amplement suffisant. En été ou en cas de corne fragile, cassante, les soins peuvent être plus fréquents. Si le cheval est sujet aux seimes, on pourra choisir un produit qui renforce la corne  ou stimule la pousse .

En saison hivernale, on cherchera souvent un produit plutôt asséchant ou assainissant pour éviter les ramollissements et fourchettes pourries liés à l’humidité. Les soins à base d’huile de cade sont particulièrement efficaces pour cela.

Pour les chevaux à la sole sensible, sujets aux bleimes, gênés sur les sols caillouteux, il existe des soins de type cataplasme, renforçateurs de la sole. On les appelle généralement « hoof packing » , ils s’appliquent le soir et on laisse le pied enveloppé toute la nuit.

Ces soins réguliers ont un rôle préventif important, car il est beaucoup plus facile de prévenir les lésions du pied que de les guérir. En effet, la guérison passe souvent par la repousse de la corne abîmée, ce qui peut prendre des mois.

Compléments alimentaires 

Comme pour la santé des cheveux et des ongles humains, celle des sabots du cheval passe par son alimentation. En plus d’une ration équilibrée, il existe de nombreux compléments pour aider votre cheval.

Une complémentation en biotine ou en levure de bière (qui contient de la biotine), permettra de stimuler la pousse de la corne de manière visible. De plus, elle sera plus solide et résistante. Cela fera pousser le poil et briller la robe en parallèle.

Une cure d’huile riche en oméga 3 et 6 ne stimulera pas forcément la pousse du pied mais permettra de renforcer la nouvelle corne.

Les pieds du cheval ont des qualités exceptionnelles, qui leur permettent de supporter leur propre poids en permanence, de réaliser des prouesses sportives et d’être à l’aise sur des terrains variés. Cependant, ils sont soumis à de nombreuses contraintes et agressions ce qui en fait la première structure responsable de boiteries chez le cheval. Les pathologies sont nombreuses et parfois complexes, l’entretien du pied du cheval est donc primordial pour sa santé.

Article rédigé par P. Cantet, vétérinaire équin

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